"Nous souhaitons attirer plus de boursiers au concours du CFJ". Interview de Christophe Deloire, directeur du CFJ
Quatre ans après son lancement, l’apprentissage évolue au CFJ. Mise en place pour favoriser le recrutement des boursiers et mieux répondre aux demandes des médias soucieux de diversité sociale, cette formation ne reposait pas sur les mêmes règles que celles appliquées aux étudiants. Christophe Deloire, directeur du CFJ, détaille les changements qui entrent en vigueur en juin prochain.
Comment s’effectuait jusqu’à présent le recrutement des apprentis ?
Essentiellement sur la base d’études de dossiers, d’entretiens et d’épreuves écrites qui servaient d’aide à la décision, sans reproduire le modèle du concours. L’enseignement était identique à celui de la filière classique, mais étudiants et apprentis ne se voyaient jamais, la scolarité de ces derniers étant calée sur l’année civile.
De plus, si depuis la création de la filière, les apprentis (comme les étudiants) sont recrutés en moyenne à bac + 4, leur niveau était considéré par certains formateurs comme plus hétérogène.
Quels changements vont intervenir en juin ?
Dorénavant, nous proposerons à tous les reçus au concours d’entrée du CFJ de suivre au choix leur scolarité sous statut d’apprenti ou statut d’étudiant. Sur les 45 places d’une promotion, 15 seront réservées aux apprentis. Les entreprises choisiront ensuite, parmi les candidats, celles ou ceux qu’elles souhaitent recruter. Mais elles n’auront pas accès à leur dossier de notes.
Y aura-t-il une autre forme de recrutement ?
A titre exceptionnel, une entreprise pourra nous soumettre un candidat qui présente des qualités professionnelles évidentes mais a peu de chances d’être reçu au concours. Nous examinerons le dossier. Ce serait dommage de se passer de ces talents. Nous avons eu de tels cas dans la dernière promotion.
Un étudiant qui souhaite suivre la filière apprentissage, sera-t-il assuré d’être pris ?
Non. Un apprenti est un salarié. Les entreprises décident qui elles souhaitent recruter ou pas. C’est le principe de l’apprentissage.
Que se passera-t-il s’il y a plus de candidats que d’offres ?
Nous favoriserons les plus modestes. Ce sera aussi la priorité des médias
Le programme de cours est chargé au CFJ. Or, les apprentis vont passer une grande partie de leur temps en entreprises (1). Comment, dans ces conditions, organiser des cours en commun avec les étudiants ?
En première année, les cours sont organisés par groupes de 15. Les étudiants formeront deux groupes séparés, les apprentis un troisième. TBR, Web, journaux écoles, anglais et enquêtes seront en commun. En 2ème année, 15 semaines sont consacrées à la spécialisation. Les apprentis commenceront par suivre une initiation à une spécialisation différente de celle de leur entreprise avant de rejoindre la formation de leur propre spécialité.
Jusqu’à présent, un étudiant pouvait s’initier à plusieurs disciplines avant de se spécialiser. Un apprenti ne risque-t-il pas d’être pénalisé ?
Je ne le crois pas. Certes, il va être formé dans une seule entreprise. Mais il va aussi recevoir une formation polyvalente au sein du CFJ (Web, presse écrite, radio, télé). Je vous rappelle aussi que la Commission paritaire nationale de l’emploi des journalistes ne reconnaît que les cursus polyvalents.
Le CFJ a-t-il un intérêt financier à développer l’apprentissage ?
Le CFJ vit essentiellement de la taxe d’apprentissage (75% du budget hors formation des apprentis), qui, malgré son nom, ne finance que pour la moitié l’apprentissage proprement dit. Le reste finance l’enseignement supérieur en général. Or, la tendance structurelle de cette seconde partie de la taxe est à la baisse. La masse salariale des entreprises de presse, sur laquelle est basé son calcul, décroît alors que le nombre d’institutions qui la sollicitent est en forte croissante.
Y aura-t-il plus de boursiers au CFJ dans les années qui viennent ?
Le concours n’est pas discriminatoire en lui-même. L’an dernier, 17% des candidats étaient boursiers, 17% des admis l’étaient aussi. Mais c’était inférieur aux 43% des apprentis qui étaient boursiers. Mon but est d’attirer plus de boursiers au concours et donc à l’école. Je précise que cette année, j’ai réduit de moitié les frais d’inscription au concours pour les boursiers. Il s’agit d’un engagement financier du CFJ au profit de la diversité.
Propos recueillis par Olivier Sourice.
(1) 1ère année : 21 semaines de cours, 30 semaines en entreprise. 2ème année : 15 semaines de cours, 37 en entreprise.
Son statut : salarié
Un apprenti bénéficie du statut de salarié. Il signe avec l’entreprise un contrat d’apprentissage qui est un contrat à durée déterminée. Un apprenti, âgé de 21 ans et plus, percevra une rémunération nette minimale de 53% du Smic en première année et de 61% en seconde année.




