Précarité, diversité : les Anciens débattent
Publié le mercredi 30 novembre 2005 par gregoire.lemarchand dans la catégorie Communiqués
Les anciens du CFJ ont été nombreux a réagir à l'article du Monde La diversité, une idée très médiatique mais peu pratiquée par les médias sur la liste de discussion des anciens (http://fr.groups.yahoo.com/group/ancienscfj/). Voici la majeure partie de leurs témoignages et de leurs échanges, parfois vifs. Bien entendu, vous êtes vivement conviés à y adjoindre votre grain de sel.
Tout cela est très joli. Mais passe magnifiquement à côté du problème. Il faudrait vraiment réaliser un colloque "journalisme et précarité" pour éclairer nos glorieux anciens, visiblement CDIsés depuis un peu trop longtemps (Martine Silber ?).
Avant de parler de couleur de peau, pourquoi ne pas parler de portefeuille. Imaginons le cas suivant : une jeune fille noire ou marron d'une cité pourrie du 9-3, dotée d'un joli brin de plume mais dépourvue de soutien parental, vous fait part de son désir de se lancer dans le journalisme (généraliste et exigeant). Que dois-on répondre ? Pour ma part, j'hésite. Déchirement sartrien. J'aurais tendance à privilégier l'optimisme béat (la démagogie ?) et à dire finalement "vas-y, vas-y, ma fille, saisis ta chance". Mais, je me sentirais coupable. Qui peut se permettre aujourd'hui de se taper 5 à 10 ans de précarité avant d'être intégré dans une rédaction nationale ? Qui peut gagner 1200 euros par mois à bac+5 tout en payant a minima 600 euros de loyer ? Qui peut accepter d'être viré de Radio France parce que socialement dangereux au bout de deux ans de loyaux - et trop fréquents - services ("dis donc coco t'as pas cumulé un peu trop d'heures, là ? Et les prud'hommes, hein, qu'est ce qu'ils vont dire, les prud'hommes ?") Qui, plus globalement, peut vivre dans l'incertitude du lendemain et accepter d'être totalement dépendant des desideratas (et des sautes d'humeur) de un, deux ou trois red chef ? Qui peut se mouvoir sur un marché du travail à l'avant-garde de l'hypermodernité et du n'importe quoi (structure insider-outsider, externalisation massive, stagiairisme aigu). Qui peut avaler couleuvres sur couleuvres, et fermer sa petite gueule dans l'attente - fiévreuse - d'un avenir meilleur ?
Qui... à l'exception des gosses de riches et demi-riches, qui années après années, constituent le gros des bataillons du CFJ (j'en suis). Les entreprises de presse vont mal, ne forment plus leurs troupes et veulent des pigistes albert-londrisables à la sortie de l'école. Les belles carrières aujourd'hui sont ouvertes à ceux qui font preuve d'une disponibilité absolue et d'un bel esprit de sacrifice. Accordez-moi qu'il est plus aisé de se sacrifier avec un golden parachute accroché au dos. Et ce ne sont pas trois-quatre bourses qui changeront grand chose aux problèmes. Ce que vit le dénommé Georges n'est pas de la discrimination, c'est le quotidien de toutes les promos sorties d'école après l'appel d'air des 35h. Plus personne - ou presque - n'est embauché en sortant d'école, et les meilleurs d'entre nous sont obligés d'aller fricoter du côté de la généreuse déesse Communication. Le problème de Georges, ce n'est pas qu'il est noir, c'est qu'il n'a pas les reins suffisamments solides - financièrement parlant - pour produire des enquêtes sous-payées de qualité. Et qu'à Sciences Po, cette formidable école des "managers de la presse", je doute que ses formateurs lui aient appris à rédiger des articles vite faits-bien payés pour Marie-Françoise ou Zizi mag. A bon entendeur, salut. G.LG. (02)
**********
Cet article ne passe pas tant que cela à côté du problème. Car, malheureusement la profession en a plusieurs de problèmes. Et peut-être même depuis longtemps. Seulement, elle a souvent du mal à les regarder en face et à les avouer. La précarité en est un (et merci certains CDisés sont au courant) et la question de la diversité en est un autre, auquel on a le droit de réfléchir, il me semble. D.C. (01)
**********
Oui, mais ne pas évoquer un seul instant les liens intimes entre l'un et l'autre me paraît problématique d'un point de vue journalistique. Les médias ne sont pas un secteur comme les autres. Il est possible - assez rapidement - d'arriver à une représentation décente des "minorités visibles" (si tant est que cela soit souhaitable, quid des p'tits blancs du Nord-Pas-de-Calais ? Les conventions ZEP de Sciences Po ont l'intelligence de viser les "jeunes des cités" sans considération de couleurs). D'ailleurs, je crois savoir que les télés et les radios ont commencé à prendre en compte ces critères raciaux dans leur recrutement. La question de la précarité, en revanche, est moins "valorisante". Elle oblige chacun à se confronter à ses propres contradictions. On ne parle plus d'éthique, mais de gros sous. G.LG. (02)
**********
Expérience perso du CFJ entre 1995 et 1997, sans moyens financiers, j'étais obligée de travailler au moins 20 heures par semaine (et plus souvent 30) en plus des cours. Je me suis fait reprocher de ce fait (obligation de respecter les horaires de mon job à côté) mon "manque d'implication": en effet, je devais savoir qu'au CFJ, "on sait quand on arrive, mais on ne sait pas quand on en part". Soyons francs, cela m'est resté en travers de la gorge. Et cela a failli me coûter mon diplôme.
Quant au problème de l'intégration d'étudiants de quartiers dits "sensibles", ayant travaillé dans l'enseignement à Garges-lès-Gonesse, j'ai pu constater qu'il était effectivement intégré mentalement par les élèves de ZEP. L'idée même de faire un IEP ne les effleure même pas. Et un souvenir d'une prof d'histoire-géo lors de ma terminale (en ZEP) m'éclatant de rire au nez quand je lui ai fait part de mon désir d'IEP + CFJ me fait même dire que le corps professoral n'aide parfois pas l'élève à sortir de son milieu. L.L. (97)
**********
Mon expérience perso est assez similaire à celle de L.L., suis une ancienne de la promo 1989. A l'époque, heureusement les frais de scolarité des écoles style CFJ/ESJ étaient beaucoup plus abordables que maintenant. Au tarif actuel, je n'aurais jamais pu rester au CFJ, même en ayant décroché le concours !
Pour vivre à Paris sachant que ma mère (mon père était décédé depuis peu) ne me payaient que mon loyer (1.200 francs à l'époque !) et pas ma nourriture, ni l'électricité, ni l'eau, je devais également bosser en dehors du CFJ, notamment faire des piges "alimentaires" pour des revues d'informatique qui payaient très très bien.
Je me souviens qu'on était au moins une dizaine dans ma promotion (sur 48) à devoir travailler à côté de l'école pour joindre les deux bouts. A mon avis, aujourd'hui les frais de scolarité sont devenus un frein énorme à l'arrivée de gens issus de l'immigration ou même tout simplement de la classe moyenne, surtout venant de province. Je ne trouve pas que le problème des écoles de journalisme soit uniquement l'exclusion des enfants d'immigrés. Comme l'ont démontré les émeutes récentes en banlieue, le problème de l'exclusion en France n'est pas racial ni religieux, il est social: les enfants des classes les plus modestes sont marginaux dans les grandes écoles et autres formations d'élite. Je suis fille d'un immigrant algérien et d'une Française et je n'ai jamais souffert de discriminations car je n'habitais pas une banlieue mais un centre ville. J'étais très bonne élève car je savais que l'école était mon seul salut, et je n'ai donc pas eu de problèmes d'orientation ratée mais au cours de mon cursus on ne m'a jamais présenté la possibilité de devenir journaliste. Pour moi c'était un monde très éloigné, impossible à atteindre compte tenu du milieu très modeste (sans livres à la maison) où j'avais grandi. Tout s'est fait un peu par hasard parce que mes parents avaient un bar où venait un journaliste et j'ai pu faire un stage d'observation à Ouest France au Mans, puis suis devenue correspondante de quartier. C'est alors seulement qu'on m'a parlé des écoles de Paris et Lille et j'ai réussi le concours du CFJ.
Sur la base de mon expérience, je suis favorable aux quotas (recrutement sur dossier en allant sur place dans les ZEP et autres écoles de quartiers déshérités pas seulement dans la banlieue de Paris mais aussi ailleurs en France) mais pas uniquement pour favoriser les descendants d'immigrés, plus généralement pour aider les enfants de familles modestes (qui se trouvent être souvent les mêmes !). Pour diversifier la provenance des journalistes de demain, je suggère aussi une adaptation généralisée des frais de scolarité en fonction des revenus des élèves et de leur situation familiale. En revanche, je ne suis pas trop favorable à ce que l'on popularise de manière excessive la filière journalistique car ce serait envoyer beaucoup de gens au casse-pipe. Désormais comme le disait un autre membre du forum CFJ, pour survivre à la sortie des écoles de journalisme, il faut des reins solides et de préférence une famille qui vous soutienne financièrement au moins pendant les premières années. Cette situation favorise donc automatiquement les néo-journalistes issus de milieux aisés et les pistonnés.
Plus généralement, le problème de la profession c'est qu'il y a beaucoup trop d'écoles, presque toutes très chères et beaucoup trop de journalistes qui arrivent sur le marché. Au risque de choquer, je suis pour par exemple que les concours CFJ et ESJ et SC Po ne soient organisés qu'une fois tous les 2 ans. Il faudrait en outre multiplier les bourses (en prévoir au moins 10/15 par promotion) ou abaisser drastiquement les droits de scolarité. F.K. (89)
**********
Pour avoir animé plusieurs semaines de la presse dans des quartiers dits "sensibles", je peux témoigner, même, d'antagonismes déclarés entre certains profs et leurs élèves. En l'occurrence entre des profs blancs et des élèves noirs ou maghrébins. Notamment sur la question de l'esclavage et de la dette de la France envers les descendants d'esclaves. Sur la question de la mémoire maghrébine, également, de la guerre d'Algérie, des harkis...
Il existe une mémoire officielle, celle des manuels, et des mémoires différentes, que l'éducation nationale a beaucoup de mal à prendre en compte, quand elle ne les nie pas purement et simplement. Il faudrait aider les profs à faire face à ces situations. Sur l'opposition entre "précarité" et "visibilité"... Il y a eu le même débat aux Etats-Unis, entre partisans de la discrimination positive (the "new left", la nouvelle gauche) et partisans de l'approche marxiste. Pour les seconds, le problème n'était pas la couleur de peau, mais la pauvreté. Si on luttait contre la pauvreté, alors les discriminations cesseraient.
Au matin du grand soir, on se réveillerait tous égaux. Mais tous les pauvres ne sont pas égaux. Certains sont plus pauvres que d'autres. Et on ne peut pas laisser perdurer des injustices concrètes, quotidiennes, en fermant les yeux, en attendant que ça passe. Parce que ça ne passe pas. Enfin, à mon avis. P.M. (98)
**********
Pour rebondir sur les propos de P.M., il me semble que le constat est clair : le discours "soyons vigilants, surtout n'anticipons pas", ne mène nulle part.
Une forme de discrimination positive - peut importe son nom - est indispensable. On peut toujours se prévaloir d'un âge d'or républicain qui n'a jamais existé, l'essentiel est que chacun puisse se dire qu'il a sa chance. Si un banlieusard pense qu'il n'ira jamais faire d'études, que les études viennent à lui. Que le système lui offre un marche-pied.
Et qu'on arrête avec le délire sur le risque communautaire. Ne rien faire revient à stigmatiser certaines populations. Qui finissent par penser que la société ne veut pas d'elles. C'est, alors, la tentation bien légitime du repli communautaire et la fin du rêve républicain. W.B. (98)
**********
Sans être un marxiste ébouriffé, et tout en défendant la nécessité d'une dose de discrimination positive, il y a peut-être moyen de ne pas tout racialiser... L'expérience Sciences Po est intelligente. Elle cible des territoires, pas des faciès. Je crains que nos télévisions ne fassent l'inverse. Quant à la presse écrite, que dire si ce n'est qu'on y licencie. G.LG. (02)
**********
Etant sortie du CFJ un an avant G.LG. (2001), je me suis complètement retrouvée dans ses propos sur la précarité. Difficile de conseiller aujourd'hui à un jeune de faire un métier qui, pour beaucoup, ne permet pas de vivre décemment, du moins en France.
Concernant l'intégration des "minorités", j'ai longtemps été contre les politiques de quotas. Je me souviens avoir vu à la TV un directeur du CFJ expliquer, il y a quelques années, qu'il recrutait les élèves sur leurs compétences et non sur leurs origines. J'étais alors d'accord avec lui. Mais depuis, j'ai travaillé à New York et pu constater que les politiques de quotas fonctionnaient.
Par exemple, j'ai vu un grand reporter du NY Times, immigré de seconde génération, qui a pu intégrer la rédaction parce que le journal, pendant quelques années, prenait systématiquement en stage les jeunes journalistes issus de "minorités", afin de pouvoir ensuite embaucher des personnes plus représentatives de la diversité américaine. C'est sans doute une piste à explorer... C.W. (01)
**********
Je pense que (malheureusement) cette histoire de "minorités visibles" a de beaux jours devant elle grâce à la conjonction de deux phénomènes.
D'abord, nous sommes dans une société d'images ; il est donc fort logique que, lorsqu'on s'enquiert de "diversifier" le personnel journalistique, on en vienne rapidement au concept de minorité "visible". Les minorités "invisibles" (fils d'ouvriers, de paysans, de caissières de chez Mammouth...), rien à foutre.
Et c'est là qu'intervient le second phénomène.
De nos jours, à droite comme à gauche de l'échiquier politique, mais aussi dans les rédactions, pauvre = arabe (ou noir). On assiste depuis plusieurs années - et la récente "crise des banlieues" a donné un coup d'accélérateur - à une ethnicisation de la misère et de la pauvreté. Le pauvre par excellence, aujourd´hui, c´est le "jeune issu de l´immigration" qui habite au Val Fourré.
J'ai beau chercher un autre mot, mais je n'en trouve pas : ça s'appelle le politiquement correct.
De ce fait, que ce soit sous la forme de quotas ou sous une autre forme, il n'est plus une personne aujourd'hui, en France qui ne prône la "diversité", prenant exemple tantôt sur les Etats-Unis, tantôt sur la Grande-Bretagne : "regardez combien dans ces pays, les noirs, les indiens, les pakistanais, etc sont présents dans les médias !".
Mais j'ose la question iconoclaste : les "minorités visibles" à quoi ça sert ?
Ces sociétés où les "minorités visibles" pullulent à la télévision sont-elles moins racistes ? On me permettra d'en douter (voir le taux mariages mixtes proche de zéro, les films de Spike Lee, etc...). Sont-elles moins inégalitaires, moins injustes ? Une petite "promenade" dans les quartiers déshérités de Los Angeles ou le simple souvenir du passage du cyclone Katrina à la Nouvelle-Orléans permet également d'en douter. Sont-elles moins violentes ? Evidemment non. Etats-Unis comme Grande-Bretagne ont des taux de criminalité au moins égaux au notre (si ce n´est supérieur) - et je ne parle pas des bilans des émeutes qui s´y déroulent à intervalles réguliers. Le problème, c´est la pauvreté, les inégalités. Pas le manque d´"images de pauvres" à la télé. L.M. (02)
**********
En réponse à L.M., je dirais qu'en effet, la présence d'afro-américains ou d'hispaniques à la télé américaine n'a pas amélioré le sort économique de ces minorités dans la "vraie" vie. Reste que cette présence médiatique est importante pour l'image de soi qu'ont les minorités aux Etats-Unis. Voir Oprah Winfrey à la télévision ne résoudra pas les problèmes de chômage d'une mère célibataire noire vivant à la Nouvelle-Orléans, mais cela lui procurera quand même un sentiment de fierté et l'idée que quelqu'un de "sa" communauté peut réussir.
C'est un concept plus difficile à comprendre quand on est en France que quand on vit aux Etats-Unis, mais c'est une réalité. Et pour avoir eu l'occasion de parler à des Français d'origine africaine, j'ai tendance à penser qu'il n'y a pas qu'aux Etats-Unis qu'on aime voir des membres de "sa" communauté dans les médias. C.W. (01)
**********
Pour répondre à L.M., il faut dire que la nécessaire diversité ethnique et sociale (Pourquoi toujours penser que l'un empêche l'autre ? Pourquoi toujours penser que celui qui se soucie de la condition du fils de maçon algérien se fout de celle du serrurier français ? Il ne s'agit pas d'établir des hiérarchies entre les discriminations, mais des les résoudre toutes !), il faut dire, donc, que la nécessaire diversité ethnique et sociale est moins une question de représentation que de représentativité.
Je m'explique : le plus important n'est pas qu'Audrey Pulvar ou Rachid Arhab présentent le journal télévisé pour que les noirs et maghrébins de France se disent : "Ah tiens, on est enfin représentés...". Le plus important, c'est qu'il y ait des noirs, des maghrébins, des asiatiques, des portugais (mais aussi des fils de serrurier auvergnat, des femmes et des homosexuels...) partout : devant et derrière l'écran, dans la presse, à la radio ou à l'AFP. Parce que c'est ce qu'ils ont à dire qui est intéressant et nouveau. Je ne vais pas faire mon Bourdieu de pacotille, mais ce qu'ils ont à dire est, en partie au moins, dicté par ce qu'ils sont. Mettez trente hommes blancs, catholiques, hétérosexuels, issus de familles bourgeoises dans une rédaction (ce qui est encore schématiquement le cas de beaucoup de rédactions...) : vous verrez que le traitement médiatique de questions comme celles des banlieues, du RMI, de l'avortement, de l'Islam, du Pacs, etc. ne sera pas exactement le même que si dans cette rédaction, vous avez aussi des femmes, des journalistes d'origine maghrébine, des noirs, des homosexuels... Et c'est évidemment le deuxième traitement qui est le plus juste - non sur le plan de la justice mais sur celui de la justesse.
Car ne soyons pas hypocrites : nos sensibilités divergent évidemment selon nos vécus, nos "évidences" sont moins évidentes pour les autres... C'est notre chair, notre expérience qui fait ce que nous écrivons dans les journaux, ce que nous disons dans les médias. C'est pour cela qu'il est si important de brasser les origines et les "genres" : pas simplement pour une "égalité des chances" abstraite, mais pour une véritable représentativité démocratique. Pour que les médias soient dans le vrai.
Je ne suis pas naïf : si je me bats comme un lion depuis 4 ans pour que le CFJ s'ouvre à des étudiants "différents", c'est parce que moi-même je suis issu d'une famille ouvrière de banlieue - ce qui n'est pas légion au CFJ. Si mon père était cadre et que j'avais vécu dans les beaux quartiers, je serais certainement préoccupé par l'absence de diversité (car je serais sans doute également "progressiste"), mais je ne me battrais pas comme ça. Essayez de supprimer les bourses : les non-boursiers vont ronchonner, mais les ex-boursiers vont hurler et pétitionner. Qu'un gouvernement essaie de traiter les chômeurs de "paresseux", vous ne serez pas tout à fait aussi zen si votre père a lui-même vécu deux ans au chômage. Qu'un intellectuel dise, en évoquant le "plombier polonais", que "les Français doivent savoir renoncer à leurs petits privilèges", vous serez plus concerné si vos parents se serraient la ceinture pour partir en vacance une année sur deux. C'est normal. C'est ce que dit C.W. : avant d'être allée aux USA, elle trouvait qu'une politique de quota était inutile, voire dangereuse. J'observe que C.W. n'est ni noire ni maghrébine : ce n'était que des "idées" pour elle, les quotas. Empiriquement, elle a vue que c'était utile à d'autres. Avant, ces "autres" n'existaient que de manière abstraite... C.W. raconte aussi qu'un chef lui a dit : "Je ne choisis pas en fonction des origines, mais du talent". Bien sûr qu'un chef ne va pas dire : "Je ne choisis que des gens qui me ressemblent car je suis affreusement étriqué" ! Bien sûr qu'il est persuadé de choisir des gens en fonction de leur talent, car cette sélection est inconsciente. Saut que, regardez dans les rédactions nationales : le "talent" semble bien peu présent chez des gens qui ne sont pas des petits Blancs ayant fait un IEP... Bizarrement, aux USA ou en Grande Bretagne, les Noirs et les Pakistanais ont un talent fou...
Je ne dis pas bien sûr que tous les fils d'ouvriers défendent les ouvriers, que tous les homosexuels sont favorables à l'homoparentalité, que toutes les femmes sont féministes ou que tous les fils de bonne famille sont d'affreux conservateurs. Bien sûr que nous sommes variés et complexes. Mais ce qui compte dans une rédaction, c'est le mélange de tous les tempéraments. Pour que statistiquement, les idées se bousculent, qu'il y ait débat et qu'on s'approche de la vérité. Et que ces débats répondent à ce qui se passe en France. Il ne s'agit pas d'instaurer des quotas de 10% de noirs, 50% de femmes, 10% d'homosexuels, etc. Il s'agit de mettre en place une politique volontariste pour qu'enfin, le journalisme cesse d'être aux mains d'une population trop homogène pour qu'enfin, il réduise la fracture qui existe entre lui et les citoyens. A.G. (00)
**********
Si j'ai bien compris le mail d'Arnaud, pour lutter contre le recrutement-clonage, les quotas sont nécessaires. Je suis d'accord. D'accord aussi pour dire que ces quotas ne sont pas une fin en soi, c'est un premier pas seulement et c'est surtout la seule mesure concrète possible pour changer assez rapidement la composition des rédactions. Je dirais également qu'il faudrait dédiaboliser les quotas qui en France sont encore synonyme d'atomisation de la société, d'apocalypse social. Je ne vois pas en quoi ils seraient incompatibles avec le modèle français (si il existe). Les quotas ne sont ni le diable ni la panacée, c'est juste un petit levier qui peut avoir son utilité. Bien sur, ce n'est pas un quota qui va empêcher le recrutement-clonage de se maintenir par des voies juste un peu plus détournées. Ils ne vont pas non plus régler tous les problèmes de pauperisation. Mais si l'objectif est de faire bouger les mentalités, alors les quotas peuvent jouer un petit rôle. Alors, faut-il encore discuter leurs défauts et leurs qualités, opposer à l'infini le creuset républicain et le communautarisme ? Comme si les quotas allaient marquer la fin d'un monde...
Je pense qu'il est grand temps d'aborder le problème de l'application concrète de la politique de discrimination positive (comment et pour qui appliquer ces mesures). La mise en place de catégories prioritaires est délicate car elle suppose un changement des règles du jeu. Pour aller vite, la situation va se présenter ou deux candidats au CFJ auront la même note au concours, avec l'admission de celui issu de l'immigration. Ca fera peut être un petit scandale de temps en temps. Le deuxième problème d'application c'est la définition des catégories, ou plutôt les critères nécessaires pour entrer dans une catégorie. Les critères sociaux, je vois a peu près (niveau de salaire des parents) mais sur l'ethnicité c'est plus complexe (quotas plus importants pour les gens 100% d'origine asiatique que les gens 50% d'origine africaine). Je ne connais pas les solutions concrètes aux Etats Unis en la matière. Malgré toutes ces petites ou grandes imperfections, je reste convaincu que les quotas sont nécessaires (c'est mon cote blanc bien pensant ayant fait un IEP) mais que ce n'est qu'un élément parmi d'autres car le problème est complexe (pour finir sur une note consensuelle). En tout cas, pour l'instant, je ne vois pas d'autre solution pour faire entrer un peu d'air dans les rédactions. Enfin, il y a bien sur l'autre option : ne rien faire. M.B. (00)
**********
Complètement d'accord avec A.G. et les autres sur l'idée de discrimination positive mais cela ne doit pas passer par des quotas rigides et les critères ne doivent pas être raciaux ou basé sur le concept de "minorités visibles". Le problème de l'exclusion en France est d'abord social : les émeutes de banlieue l'ont démontré et si l'on favorise les classes déshéritées pour les concours d'écoles de journalisme ou un recrutement plus diversifié dans les télés, radios, agences de presse, cela favorisera "par transitivité" les Blacks, Beurs et autres minorités. C'est ScPo Paris qui montre la voie juste à suivre : recruter sur dossier en allant les chercher sur place des jeunes talentueux -- même si encore perfectibles et peut-être pas en mesure de gagner un concours -- issus de classes modestes ou pauvres et il y en a encore beaucoup. Si la discrimination positive existait sur la base de l'idée de minorité visible, elle ne se serait par exemple pas appliquée à moi : je suis Algérienne par mon père mais Française par ma mère et je n'ai pas le look ni un parcours de beurette typique donc j'aurais été exclue du quota, alors que pourtant je suis comme A.G. d'une famille d'origine très modeste, avec le handicap supplémentaire d'être venue de province (Paris c'est ultra-cher pour un provincial sans appuis familiaux). Mes parents ne partaient jamais en vacances, se sont saignés pour me payer des études, etc... Pour moi, la meilleure manière de faire de la discrimination positive au niveau des écoles de journalisme, c'est de multiplier les bourses, de faire payer de frais de scolarité très modiques aux plus démunis et adaptés aux revenus et à la situation familiale. Les écoles forment les futurs journalistes de télé, radio, presse écrite de demain, c'est donc par là qu'il faut commencer la discrimination positive, pas en disant aux TVs ou autres de recruter immédiatement n'importe quel Black ou Beur ayant un peu étudié le journalisme et l'air d'avoir du talent. Car si ces expériences étaient des échecs, cela dévaloriserait tous les autres journalistes de même origine. Je fais partie des gens qui défendent le modèle français d'intégration qui, même s'il a énormément de défauts et doit être revu et corrigé, a l'immense mérite de ne pas diviser les gens en communautés d'appartenance.
Personnellement je ne me considère comme appartenant à aucune communauté. Je suis Française d'origine Algérienne et plus précisément Kabyle, je suis un peu des trois et tout en même temps mais si on créait un poste de député algérien représentant soi-disant la communauté algérienne au parlement français je suis sûre que je ne voterais pas pour lui car je ne me reconnaitrais sans doute pas en lui. Ce modèle anglo-saxon qui prévoit que tu appartiens à ta communauté de ta naissance à la mort et tes descendants aussi ne correspond ni à l'histoire ni à la pratique quotidienne des Français qui sont l'un des peuples les plus mélangés d'Europe. Donc OK pour la discrimination positive mais il faut qu'elle soit sociale car au fond, les pauvres en France ce sont surtout des descendants d'immigrés ainsi que des enfants d'ouvriers, paysans et autres chômeurs... F.K. (89)
**********
Juste une info à propos de ce débat. J'apprends que la direction de Sciences Po et quelques autres sont en pleine gamberge sur une idée de création d'un lycée expérimental en Seine-Saint-Denis. Ainsi, ils commencent à remonter le courant, c'est bien s'il ne s'agit pas seulement de construire une belle vitrine. Ce sera encore mieux quand ils seront remontés jusqu'à l'école primaire et même à la maternelle. Car c'est là que le drame commence. Autrement dit, quand les mal lotis d'aujourd'hui seront devenus assez bien lotis pour bénéficier massivement, et cela dès le début et tout au long du cursus, d'un environnement socio-éducatif de niveau comparable à celui des enfants des classes favorisées, alors et alors seulement l'égalité des chances face aux concours pourra être une réalité. Cela n'interdit pas d'ici là les palliatifs que vous suggérez avec une générosité et un souci de justice que je ne peux que saluer. Mais le problème est à la fois plus lourd, plus étendu et plus profond qu'il n'apparaît au travers du simple constat de la faiblesse des effectifs des jeunes gens des classes pauvres dans certaines positions plus ou moins gratifiantes. C'est à un changement de donne sociale globale qu'il faut travailler. Effort immense dans le contexte actuel. Bon courage ! M.C. (54)
**********
Passons sur le fait, A.G., que tu ranges "les femmes" dans la catégorie des minorités. Je ne sais pas si tu es au courant, mais elles constituent la moitié de l'humanité (et que par ailleurs, elles sont de plus en plus nombreuses dans les rédactions, mais, certes, pas à leur tête. En même temps, même avec des quotas, tout le monde ne pourra pas être chef). Bref. Passons aussi sur le concept de quotas d'homos. D'abord, si tu as accès à des chiffres ultra secrets sur la discrimination pratiquée envers les gays dans les rédactions, tu serais bien gentil de faire circuler. Ensuite, si on en arrive à cette idée, j'aimerais bien savoir comment ça se passerait, au niveau du recrutement. On demanderait aux gens leurs préférences sexuelles quand ils proposeraient des piges ? Il est marrant, ton monde de "progressisme". Re bref.
Si j'ai bien compris ton argumentation, faire de la discrimination positive ou whatever son nom, permettrait de traiter autrement, avec plus de "justesse", les sujets islam ou banlieues, entre autres. Ca veut dire quoi ? Qu'on met les arabes sur les sujets "arabes", les musulmans sur les sujets "musulmans", les noirs sur les sujets "noirs", les homos sur les sujets "homos", et les femmes sur les sujets "femmes" (tricot, mode, politique familiale ?). Mais voilà qui est intéressant. Une presse bien cloisonnée avec chacun dans sa petite niche, personne n'étant vu comme un individu mais comme le représentant d'un vécu considéré comme représentatif. Je caricature, mais c'est à peu près ce que tu dis. Tu me permettras d'avoir un léger doute sur la pertinence de cette manière d'envisager une presse uniquement empathique, pour dire le moins. Ce n'est pas pour ça qu'il faut ouvrir la presse. Mais pour que des individus qui, aujourd'hui, rêvent de faire ce métier, dans toutes ses facettes, qui en ont le " talent" (pas sûre sur le sens de ce mot dans la presse) et qui ne le peuvent pas parce qu'ils n'ont pas les clés pour y accéder, puissent le faire. Point barre. D'où : tout ça est majoritairement une question d'école et d'information par ladite. Parce qu'en bonne républicaine, j'ai un peu de mal avec la discrimination positive (faut-il rappeler qu'aux Etats-Unis, elle a été mise en place pour compenser un régime ségrégationniste, ce qui n'est que je sache, pas le cas en France ?). Et qu'en bonne ringarde, je crois encore au rôle de l'école.
Enfin, j'admire la façon dont les questions soulevées par G.LG. ont été balayées d'un revers de main. Oui, aujourd'hui, si on est un pigiste qui débute, on a du mal sans papa-maman derrière (là, par exemple, un de mes deux employeurs a quinze jours de retard dans mon paiement. Peut-on se permettre ce délai si on n'est pas sûr de pouvoir demander une petite avance parentale ?) . Et cela ne fait qu'empirer, que vous le vouliez ou non. Oui, la précarité inhérente à ce bien beau métier est un luxe que seuls peuvent s'offrir les au moins classes moyennes. On peut le nier si on a envie, mais ça ne change pas ce problème de fond. R.L. (03)
**********
Oulah ! R.L. n'est pas, mais alors pas du tout contente ! Sur ce forum, nous avons osé dévier de la question qui était posée par G.LG. ! Nous nous sommes mis à parler de nos expériences et à confronter nos points de vue, en balayant ses propos "d'un revers de main" (D.C. qui lui a répondu, sera contente d'avoir été si bien lue ). Mais toi non plus, R.L., tu ne lui as pas répondu. Pourquoi ? Parce que tu es d'accord avec lui sans doute ! Eh bien moi aussi, figure-toi Ce qu'il a dit est juste (nous pigeons dans le même magazine, G.LG. et moi, je confirme donc ce qu'il dit) et je n'avais rien à y redire. Bien sûr que c'est la ####, la #### totale, les nombreux pigistes/chômeurs qui peuplent ce forum sont au courant, je crois. Ce n'est pas que je sache un tabou...
Ceci dit, est-ce que la précarité est une raison pour barrer la route des rédactions aux profils "différents" ? Je ne pense pas que c'est ce qu'ait voulu dire G.LG. Je ne crois pas que ce soit ce que tu penses non plus. Simplement, oui, il faut les prévenir pour qu'ils s'engagent en connaissance de cause et ne pas leur vendre le paradis sur Terre.
Par ailleurs, est-ce que parler de problèmes de diversité, c'est refuser d'évoquer la précarité ? Pourquoi l'un devrait-il empêcher l'autre ? Je ne vois pas bien personnellement
Ensuite, pour revenir à mon texte, je constate avec regret que ta lecture en est tout simplement approximative.
D'abord, je ne range pas, comme tu le dis, les femmes dans les "minorités" puisque c'est un mot que je n'emploie pas. Certes, l'e-mail s'appelle "Sur les minorités", mais je ne suis pas l'auteur de ce titre. Par ailleurs, je t'invite à relire les recherches de la sociologue Isabelle Sommier, qui rappelle que précisément la désignation de "minorité" n'a pas forcément un caractère quantitatif. Sont rangés dans les minorités les groupes sociaux qui estiment ne pas avoir - ou pas assez - accès aux instances de pouvoir dans une structure donnée, ce qui est encore le cas des femmes, eh oui, notamment à l'Assemblée nationale (12,3%) auprès des communes (10%), ou encore dans les directions des rédactions françaises.
Deuxième erreur : je ne dis pas que les homos sont discriminés dans les rédactions, je dis simplement qu'ils sont vecteurs de diversité, et qu'à ce titre, il est bon qu'homos et hétéros soient brassés, comme hommes et femmes, noirs et blancs, etc. Oui, je sais, ce sont des évidences
Troisième erreur : je prône aucun "quota d'homo", puisque j'écris exactement le contraire. "Il ne s'agit pas d'instaurer des quotas de 10% de Noirs, 50% de femmes, 10% d'homosexuels, etc. Il s'agit de mettre en place une politique volontariste". Une "politique volontariste" ne passe pas forcément que je sache par l'instauration de quotas - ou alors peut-être à petite dose quand c'est pertinent, comme dans le cas des femmes en politique - Et cette politique peut concerner les grandes écoles (Sciences Po est un bon exemple), les lycées que sais-je ? C'est d'ailleurs ce que nous sommes en train de mettre en place dans l'asso des anciens à laquelle tu appartiens. Et ton refus du concept de "discrimination positive" prouve simplement que tu te méprends sur le sens de ce mot : aller donner de l'information dans les lycées qu'on estime être défavorisés en la matière, c'est de la discrimination positive. Discrimination positive ne signifie pas forcément "quotas", ou "quotas ethniques" mais "mesure corrective pour rattraper des inégalités officiellement constatées" (Gwenaëlle Calvès, La Discrimination positive, PUF, 2005).
Quatrième erreur : je n'écris jamais que les noirs doivent traiter les sujets sur les noirs, les maghrébins sur les maghrébins, les homos sur les homos, etc. Ce n'est pas "à peu près ce que [j']écris" : c'est une caricature inepte. Je dis simplement qu'un journal a le plus souvent une approche collective des problèmes de société. Et que pour que cette approche collective soit juste, il faut que le collectif soit représentatif des divers "genres" de la société. C'est un effet de groupe qui marche aussi avec les âges : une rédaction dont l'âge moyen est 50 ans n'écrira pas tout à fait les mêmes choses qu'une autre dont l'âge moyen est 30 Je ne crois pas révéler un scoop, là, si ?
Maintenant, si tout le monde a fait le tour de la question "minorités", on peut parler "précarité" Et vous avez intérêt à être bons ! R.L. veille A.G. (00)
**********
Je trouve ce débat extrêmemement intéressant. Avant tout avis, une remarque. J'ai lu sur ce débat (je ne sais plus qui en parlait mais ce n'est pas l'essentiel) que SCPO voulait monter "un lycée expérimental en Seine-Saint-Denis". Honnêtement je ne sais pas de quoi il retourne exactement, mais déjà l'expression me fait frémir. Certes, dans l'esprit des gens, le 93, c'est presque une terre étrangère (De Gaulle avait dit à la création du département, en 1967 : "c'est chez les peaux-rouges"). Mais je rappelle que la Seine-Saint-Denis est habitée par des gens qui ont des bras, des jambes, qui travaillent, qui chôment...Comme dans tout le reste du pays! J'en ai un peu assez de la singularisation de ce département, qui permet souvent à tout le monde de faire croire que les problèmes sociaux ne sont l'apanage que du gros million de Séquano-Dyonisiens (les habitants du 93) alors qu'ils sont du ressort de la société française. Je rappelle aussi que des "émeutes urbaines" ont eu lieu dans l'Eure, les Hauts-de-Seine, la Haute-Garonne.C'était mon coup de gueule, bref.
Sur la question entre déterminants éthniques ou sociaux, il me paraît clair que le problème est d'abord social mais pas seulement. Je poserais le problème autrement. Dans toutes les sociétés que j'ai observées un tant soit peu (en France mais aussi en Israël, aux Etats-Unis, en Angleterre, en Turquie, en Allemagne...) une chose m'a toujours frappée : ce sont toujours les immigrés ou étrangers qui font les boulots pénibles (balayeurs, ouvriers à la chaîne). Il me semble que toute société décide de faire assurer ses tâches qu'elle considère comme viles, à des gens qui n'ont pas d'autre choix que les accepter. Et, avec le développement des échanges, ces gens se trouvent être très souvent les immigrés ou étrangers. C'est une reflexion en passant.
Par ailleurs, sur la question de la "solution" des bourses pour que les plus pauvres fassent les écoles, je suis un peu dubitatif. Je serais plutôt pour que les tarifs de la scolarité soient tellement bas que tout le monde, les riches comme les pauvres, puissent y accéder également. Le système des bourses est pernicieux. D'abors il suppose qu'il y aura toujours des "riches" pour payer les bourses des pauvres. Ensuite ce système a des effets pervers. Je m'explique : tout le monde paie des impôts qui sont, théoriquement, redistributifs. En gros les classes aisées paient plein pot, et les pauvres beaucoup moins (dans la réalité c'est certes un peu plus compliqué car la TVA s'applique à tous au même taux). Donc une discrimination sur le partage des revenus se fait déjà en amont. Le système des bourses introduit une nouvelle discrimination en aval : les classes aissées, qui paient les impôts, doivent en plus payer plein pot les frais de scolarité. Au bout d'un moment ce système ne peut plus perdurer car les classes aisées, qui sont celles qui votent, ont l'impression qu'elles paient deux fois, et font pression sur les politiques pour réduire toutes les mesures en faveur des pauvres en aval. Ca se voit aux Etats-Unis où tous les systèmes d'aide médicale et vieillesse aux plus pauvres sont progressivement démantelés sous la pression des classes qui votent. A mon avis, il serait plus efficace et durable que l'Etat abaisse considérablement les frais de scolarité dans toutes les écoles, directement dans le public, par des subventions dans le privé, afin d'offrir un tarif modique à TOUS les candidats. Certes, les classes aissée paieraient peut-être un peu plus d'impôts (et encore ce n'est pas sûr) mais au moins les règles de financement seraient votées démocratiquement à travers la loi. Au passage ça permettrait d'amoindrir ce nouvel antagonisme entre riches et pauvres qui se termine souvent par la défaite des seconds.
Merci de m'avoir lu jusque là. R.U. (01)
**********
Très honoré je suis d'avoir semé la discorde au sein du bureau des anciens. Mon propos, à l'origine, était le suivant: je m'étonnais qu'une "enquête" du Monde sur la faible représentation des "individus originaires des cités" dans les médias n'aborde jamais l'un des principaux obstacle à cette représentation, soit la longue période de précarité imposée aux jeunes journalistes entrant sur le marché.
Ce qui peut nous paraître évident ne l'est pas - du tout, du tout - dans le vaste monde. Pourquoi? Je vous le demande bien. J'ai bien lu il y a deux ans un article sur les pratiques de Radio France signé par l'excellent Lionel Occase (un sacré plaisantin, celui-là), mais c'était dans le Monde diplo qui ne prêche qu'auprès des convertis (entendons-nous bien, je n'ai rien contre le monde diplo, quoique, enfin bon...). Depuis, nada, rien du tout, petzouile.
Alors, certes, comme nous l'affirmaient nos dignes formateurs en 2001-2002, les histoires de journalistes, coco, ça n'intéresse que les journalistes (assertion immédiatement confirmée par l'échec retentissant du livre de François Ruffin). Cependant, je ne peux m'empêcher de penser que cette histoire-là mériterait d'être racontée. Ce qui se passe chez nous est peut-être une préfiguration de ce qui se passera ailleurs (c'est contestable, mais ça mérite d'être débattu). Or, ce "sas de précarité" imposé aux entrants a un effet discriminant lourd. Peut-être est-ce la responsabilité d'une association d'anciens de l'affirmer publiquement.
Pour ce qui est des solutions, il y a certes 15.000 options. Mais, toutes tournent autour de trois grandes orientations.
Soit les rédactions s'engagent à embaucher des jeunes journaleux issus des cités dès la sortie d'école, les autres continuant étenellement à la pige. Soit les rédactions se mettent dans la légalité, embauchent les bras manquants, et réduisent leur volant de pigistes en conséquence, les écoles appliquant des quotas, mais réduisant drastiquement les effectifs des promotions pour 10 ans.
Soit, enfin, tout le monde devient pigiste (bienvenue aux CDI), la structure insider-outsider est cassée, et nous demandons tous ensemble un statut d'intermittent. La République a besoin d'art, elle a également besoin d'information.
Ces trois orientations, vous l'aurez compris, sont caricaturales, mais cela peut servir de balises. les balises sont utiles pour s'orienter, mais déjà faut-il reconnaître le problème, et avoir envie de bouger.
Dans la situation présente, je constate en tout cas que "c'est trop souvent la ####" pour reprendre les propos d'A.G. G.LG. (02)
**********
Du point de vue des Noirs, la situation n'est pas si différente aux Etats-Unis et en France, qui a été longtemps l'une des plaques tournantes de l'esclavage au niveau mondial.
Tu l'oublies, comme je l'oublie, parce que nous n'avons pas eu d'ancêtre esclave. Mais quand tu as eu un esclave dans ta famille, je pense que tu ne l'oublies pas. Cela fait partie de la mémoire collective de tous ceux qui sont dans le même cas et c'est cette mémoire qui les constitue en partie. On ne peut pas leur enlever. D'autant moins quand on nie en permanence leur existence. Ce qui revient à en faire ce qu'ils n'ont jamais, vraiment, au fond, cessé d'être dans notre société : des hommes utiles, utilisés, mais invisibles.
La République persiste, avec une logique inébranlable, à demander à des citoyens français de s'intégrer. Mais ça veut dire quoi, s'intégrer ? Renoncer à sa différence ? Disparaître ? Il faut faire quoi pour s'intégrer quand la chair de vos ancêtres, de votre propre famille, a contribué à construire des rues entières, des rangées d'hôtels particuliers, comme à Nantes, où j'ai habité, et qui a constitué un des hauts lieus du commerce des esclaves ?
Il faut faire quoi pour s'intégrer quand son pays d'origine a été occupé par la France pendant des siècles et que les richesses tirés de son pays, volé à son pays, par la force, ont servi à construire, en France, des routes, des ponts, des écoles, à ériger des empires industriels ? C'est ça, aussi, la République. Une machine à oublier.
Les "minorités", au sens qu'a rappelé A.G., n'oublient pas, elles. Et c'est un grand malentendu qui se perpétuera tant qu'on ne se décidera pas, enfin, à leur faire une place. Et à les regarder en face. P.M. (98)
**********
Je partage tout à fait ton analyse quand tu dis que la précarité est un "obstacle à la représentation" de la diversité, mais je ne crois pas que ce soit le principal, loin s'en faut, ni même qu'il soit très important pour le moment.
Il faudrait pour cela que les enfants des familles modestes pensent majoritairement que le journalisme est un métier fait pour eux - je veux dire sur le plan de la représentation sociale - ce qui n'est pas encore le cas. Les choses changent et vont être amenées à changer je l'espère, mais pour le moment, l'autocensure sociale est le seul obstacle majeur - du moins il me semble.
Je n'élude pas les questions de précarité, j'y reviendrai, mais revenons aux questions de diversité : instaurer par exemple un quota de 50% femmes dans un comité de direction rédactionnel, ça aurait du sens, parce que les femmes sont déja nombreuses dans les rédactions. Faire la même chose avec les noirs et les maghrébins est pour le moment absurde, car ils ne s'y pressent pas, c'est le moins qu'on puisse dire. Pour les quelques-uns qui s'y trouvent déjà, ceci dit, j'espère que les débats autour de ces questions vont faire un peu évoluer les mentalités. Quand je vois qu'un groupe comme PPR commande un film à Yamina Benguigui pour montrer "Regardez tous les noirs et maghrébins qui sont chez nous !", il y a qq chose d'un peu irritant, mais le fait est que ça révèle un changement profond de mentalité - salutaire, selon moi.
Reste que pour l'écrasante majorité des "jeunes des cités", c'est au niveau des lycées, des écoles de journalisme pour le moment que les choses doivent se faire (à notre mesure, l'association des anciens est en train de préparer qq chose de ce tonneau, on vous en parlera bientôt...). Quand 10 ou 15% des sortants de CFJ seront noirs ou maghrébins, on pourra peut-être reparler de quotas dans les rédactions.
Pour revenir sur la question de précarité dont tu parles, j'aimerais bien prôner que les CDI soient distribués en priorité aux jeunes des cités... mais je crois que le CDI est en voie de disparition, et pour tout le monde ! Car la précarité des jeunes est partout, pas seulement dans le journalisme : je n'ai pas les chiffres en tête, mais il est terrifiant le taux de CDD, chômage, interim et autres contrats nouvelle embûche dans notre génération. Certes, quand on sort d'une école d'ingénieurs ou de commerce, on est mieux lotis qu'à la sortie du CFJ, mais pour combien de temps ? Demain, le salariat laissera place au précariat généralisé. De dire : "les jeunes des cités ne peuvent pas intégrer les rédactions parce que c'est la big ####", c'est laisser croire que partout ailleurs, ils trouveront des CDI et des conditions de travail cool et fun. C'est faux ! La big ####, ils la trouveront presque partout, qu'ils fassent des études ou non. Alors autant qu'ils aient le droit de faire comme nous autres "favorisés" : choisir quelle big #### ils veulent goûter !
Et parallèlement, à nous tous de faire pression, de militer, de défiler, que sais-je ? pour "réhumaniser" cette jungle, en instaurant par exemple une flexsécurité à la danoise (dans laquelle la sécurité n'est pas un alibi ni un vain mot). Pigistes oui, flexibles d'accord, mais pas mendiants entre deux portes comme nous le sommes aujoud'hui. Avec des droits, une sécurité garantie, bref, quelque chose qui ressemble à la social-démocratie plus qu'à l'économie de survie. Donc, pour le coup, je reprends les propos de D.C.: parler de la précarité et comment lutter contre, OUI ! Mille fois oui ! Mais c'est un autre débat que celui de la diversité A.G. (00)
Avant de parler de couleur de peau, pourquoi ne pas parler de portefeuille. Imaginons le cas suivant : une jeune fille noire ou marron d'une cité pourrie du 9-3, dotée d'un joli brin de plume mais dépourvue de soutien parental, vous fait part de son désir de se lancer dans le journalisme (généraliste et exigeant). Que dois-on répondre ? Pour ma part, j'hésite. Déchirement sartrien. J'aurais tendance à privilégier l'optimisme béat (la démagogie ?) et à dire finalement "vas-y, vas-y, ma fille, saisis ta chance". Mais, je me sentirais coupable. Qui peut se permettre aujourd'hui de se taper 5 à 10 ans de précarité avant d'être intégré dans une rédaction nationale ? Qui peut gagner 1200 euros par mois à bac+5 tout en payant a minima 600 euros de loyer ? Qui peut accepter d'être viré de Radio France parce que socialement dangereux au bout de deux ans de loyaux - et trop fréquents - services ("dis donc coco t'as pas cumulé un peu trop d'heures, là ? Et les prud'hommes, hein, qu'est ce qu'ils vont dire, les prud'hommes ?") Qui, plus globalement, peut vivre dans l'incertitude du lendemain et accepter d'être totalement dépendant des desideratas (et des sautes d'humeur) de un, deux ou trois red chef ? Qui peut se mouvoir sur un marché du travail à l'avant-garde de l'hypermodernité et du n'importe quoi (structure insider-outsider, externalisation massive, stagiairisme aigu). Qui peut avaler couleuvres sur couleuvres, et fermer sa petite gueule dans l'attente - fiévreuse - d'un avenir meilleur ?
Qui... à l'exception des gosses de riches et demi-riches, qui années après années, constituent le gros des bataillons du CFJ (j'en suis). Les entreprises de presse vont mal, ne forment plus leurs troupes et veulent des pigistes albert-londrisables à la sortie de l'école. Les belles carrières aujourd'hui sont ouvertes à ceux qui font preuve d'une disponibilité absolue et d'un bel esprit de sacrifice. Accordez-moi qu'il est plus aisé de se sacrifier avec un golden parachute accroché au dos. Et ce ne sont pas trois-quatre bourses qui changeront grand chose aux problèmes. Ce que vit le dénommé Georges n'est pas de la discrimination, c'est le quotidien de toutes les promos sorties d'école après l'appel d'air des 35h. Plus personne - ou presque - n'est embauché en sortant d'école, et les meilleurs d'entre nous sont obligés d'aller fricoter du côté de la généreuse déesse Communication. Le problème de Georges, ce n'est pas qu'il est noir, c'est qu'il n'a pas les reins suffisamments solides - financièrement parlant - pour produire des enquêtes sous-payées de qualité. Et qu'à Sciences Po, cette formidable école des "managers de la presse", je doute que ses formateurs lui aient appris à rédiger des articles vite faits-bien payés pour Marie-Françoise ou Zizi mag. A bon entendeur, salut. G.LG. (02)
**********
Cet article ne passe pas tant que cela à côté du problème. Car, malheureusement la profession en a plusieurs de problèmes. Et peut-être même depuis longtemps. Seulement, elle a souvent du mal à les regarder en face et à les avouer. La précarité en est un (et merci certains CDisés sont au courant) et la question de la diversité en est un autre, auquel on a le droit de réfléchir, il me semble. D.C. (01)
**********
Oui, mais ne pas évoquer un seul instant les liens intimes entre l'un et l'autre me paraît problématique d'un point de vue journalistique. Les médias ne sont pas un secteur comme les autres. Il est possible - assez rapidement - d'arriver à une représentation décente des "minorités visibles" (si tant est que cela soit souhaitable, quid des p'tits blancs du Nord-Pas-de-Calais ? Les conventions ZEP de Sciences Po ont l'intelligence de viser les "jeunes des cités" sans considération de couleurs). D'ailleurs, je crois savoir que les télés et les radios ont commencé à prendre en compte ces critères raciaux dans leur recrutement. La question de la précarité, en revanche, est moins "valorisante". Elle oblige chacun à se confronter à ses propres contradictions. On ne parle plus d'éthique, mais de gros sous. G.LG. (02)
**********
Expérience perso du CFJ entre 1995 et 1997, sans moyens financiers, j'étais obligée de travailler au moins 20 heures par semaine (et plus souvent 30) en plus des cours. Je me suis fait reprocher de ce fait (obligation de respecter les horaires de mon job à côté) mon "manque d'implication": en effet, je devais savoir qu'au CFJ, "on sait quand on arrive, mais on ne sait pas quand on en part". Soyons francs, cela m'est resté en travers de la gorge. Et cela a failli me coûter mon diplôme.
Quant au problème de l'intégration d'étudiants de quartiers dits "sensibles", ayant travaillé dans l'enseignement à Garges-lès-Gonesse, j'ai pu constater qu'il était effectivement intégré mentalement par les élèves de ZEP. L'idée même de faire un IEP ne les effleure même pas. Et un souvenir d'une prof d'histoire-géo lors de ma terminale (en ZEP) m'éclatant de rire au nez quand je lui ai fait part de mon désir d'IEP + CFJ me fait même dire que le corps professoral n'aide parfois pas l'élève à sortir de son milieu. L.L. (97)
**********
Mon expérience perso est assez similaire à celle de L.L., suis une ancienne de la promo 1989. A l'époque, heureusement les frais de scolarité des écoles style CFJ/ESJ étaient beaucoup plus abordables que maintenant. Au tarif actuel, je n'aurais jamais pu rester au CFJ, même en ayant décroché le concours !
Pour vivre à Paris sachant que ma mère (mon père était décédé depuis peu) ne me payaient que mon loyer (1.200 francs à l'époque !) et pas ma nourriture, ni l'électricité, ni l'eau, je devais également bosser en dehors du CFJ, notamment faire des piges "alimentaires" pour des revues d'informatique qui payaient très très bien.
Je me souviens qu'on était au moins une dizaine dans ma promotion (sur 48) à devoir travailler à côté de l'école pour joindre les deux bouts. A mon avis, aujourd'hui les frais de scolarité sont devenus un frein énorme à l'arrivée de gens issus de l'immigration ou même tout simplement de la classe moyenne, surtout venant de province. Je ne trouve pas que le problème des écoles de journalisme soit uniquement l'exclusion des enfants d'immigrés. Comme l'ont démontré les émeutes récentes en banlieue, le problème de l'exclusion en France n'est pas racial ni religieux, il est social: les enfants des classes les plus modestes sont marginaux dans les grandes écoles et autres formations d'élite. Je suis fille d'un immigrant algérien et d'une Française et je n'ai jamais souffert de discriminations car je n'habitais pas une banlieue mais un centre ville. J'étais très bonne élève car je savais que l'école était mon seul salut, et je n'ai donc pas eu de problèmes d'orientation ratée mais au cours de mon cursus on ne m'a jamais présenté la possibilité de devenir journaliste. Pour moi c'était un monde très éloigné, impossible à atteindre compte tenu du milieu très modeste (sans livres à la maison) où j'avais grandi. Tout s'est fait un peu par hasard parce que mes parents avaient un bar où venait un journaliste et j'ai pu faire un stage d'observation à Ouest France au Mans, puis suis devenue correspondante de quartier. C'est alors seulement qu'on m'a parlé des écoles de Paris et Lille et j'ai réussi le concours du CFJ.
Sur la base de mon expérience, je suis favorable aux quotas (recrutement sur dossier en allant sur place dans les ZEP et autres écoles de quartiers déshérités pas seulement dans la banlieue de Paris mais aussi ailleurs en France) mais pas uniquement pour favoriser les descendants d'immigrés, plus généralement pour aider les enfants de familles modestes (qui se trouvent être souvent les mêmes !). Pour diversifier la provenance des journalistes de demain, je suggère aussi une adaptation généralisée des frais de scolarité en fonction des revenus des élèves et de leur situation familiale. En revanche, je ne suis pas trop favorable à ce que l'on popularise de manière excessive la filière journalistique car ce serait envoyer beaucoup de gens au casse-pipe. Désormais comme le disait un autre membre du forum CFJ, pour survivre à la sortie des écoles de journalisme, il faut des reins solides et de préférence une famille qui vous soutienne financièrement au moins pendant les premières années. Cette situation favorise donc automatiquement les néo-journalistes issus de milieux aisés et les pistonnés.
Plus généralement, le problème de la profession c'est qu'il y a beaucoup trop d'écoles, presque toutes très chères et beaucoup trop de journalistes qui arrivent sur le marché. Au risque de choquer, je suis pour par exemple que les concours CFJ et ESJ et SC Po ne soient organisés qu'une fois tous les 2 ans. Il faudrait en outre multiplier les bourses (en prévoir au moins 10/15 par promotion) ou abaisser drastiquement les droits de scolarité. F.K. (89)
**********
Pour avoir animé plusieurs semaines de la presse dans des quartiers dits "sensibles", je peux témoigner, même, d'antagonismes déclarés entre certains profs et leurs élèves. En l'occurrence entre des profs blancs et des élèves noirs ou maghrébins. Notamment sur la question de l'esclavage et de la dette de la France envers les descendants d'esclaves. Sur la question de la mémoire maghrébine, également, de la guerre d'Algérie, des harkis...
Il existe une mémoire officielle, celle des manuels, et des mémoires différentes, que l'éducation nationale a beaucoup de mal à prendre en compte, quand elle ne les nie pas purement et simplement. Il faudrait aider les profs à faire face à ces situations. Sur l'opposition entre "précarité" et "visibilité"... Il y a eu le même débat aux Etats-Unis, entre partisans de la discrimination positive (the "new left", la nouvelle gauche) et partisans de l'approche marxiste. Pour les seconds, le problème n'était pas la couleur de peau, mais la pauvreté. Si on luttait contre la pauvreté, alors les discriminations cesseraient.
Au matin du grand soir, on se réveillerait tous égaux. Mais tous les pauvres ne sont pas égaux. Certains sont plus pauvres que d'autres. Et on ne peut pas laisser perdurer des injustices concrètes, quotidiennes, en fermant les yeux, en attendant que ça passe. Parce que ça ne passe pas. Enfin, à mon avis. P.M. (98)
**********
Pour rebondir sur les propos de P.M., il me semble que le constat est clair : le discours "soyons vigilants, surtout n'anticipons pas", ne mène nulle part.
Une forme de discrimination positive - peut importe son nom - est indispensable. On peut toujours se prévaloir d'un âge d'or républicain qui n'a jamais existé, l'essentiel est que chacun puisse se dire qu'il a sa chance. Si un banlieusard pense qu'il n'ira jamais faire d'études, que les études viennent à lui. Que le système lui offre un marche-pied.
Et qu'on arrête avec le délire sur le risque communautaire. Ne rien faire revient à stigmatiser certaines populations. Qui finissent par penser que la société ne veut pas d'elles. C'est, alors, la tentation bien légitime du repli communautaire et la fin du rêve républicain. W.B. (98)
**********
Sans être un marxiste ébouriffé, et tout en défendant la nécessité d'une dose de discrimination positive, il y a peut-être moyen de ne pas tout racialiser... L'expérience Sciences Po est intelligente. Elle cible des territoires, pas des faciès. Je crains que nos télévisions ne fassent l'inverse. Quant à la presse écrite, que dire si ce n'est qu'on y licencie. G.LG. (02)
**********
Etant sortie du CFJ un an avant G.LG. (2001), je me suis complètement retrouvée dans ses propos sur la précarité. Difficile de conseiller aujourd'hui à un jeune de faire un métier qui, pour beaucoup, ne permet pas de vivre décemment, du moins en France.
Concernant l'intégration des "minorités", j'ai longtemps été contre les politiques de quotas. Je me souviens avoir vu à la TV un directeur du CFJ expliquer, il y a quelques années, qu'il recrutait les élèves sur leurs compétences et non sur leurs origines. J'étais alors d'accord avec lui. Mais depuis, j'ai travaillé à New York et pu constater que les politiques de quotas fonctionnaient.
Par exemple, j'ai vu un grand reporter du NY Times, immigré de seconde génération, qui a pu intégrer la rédaction parce que le journal, pendant quelques années, prenait systématiquement en stage les jeunes journalistes issus de "minorités", afin de pouvoir ensuite embaucher des personnes plus représentatives de la diversité américaine. C'est sans doute une piste à explorer... C.W. (01)
**********
Je pense que (malheureusement) cette histoire de "minorités visibles" a de beaux jours devant elle grâce à la conjonction de deux phénomènes.
D'abord, nous sommes dans une société d'images ; il est donc fort logique que, lorsqu'on s'enquiert de "diversifier" le personnel journalistique, on en vienne rapidement au concept de minorité "visible". Les minorités "invisibles" (fils d'ouvriers, de paysans, de caissières de chez Mammouth...), rien à foutre.
Et c'est là qu'intervient le second phénomène.
De nos jours, à droite comme à gauche de l'échiquier politique, mais aussi dans les rédactions, pauvre = arabe (ou noir). On assiste depuis plusieurs années - et la récente "crise des banlieues" a donné un coup d'accélérateur - à une ethnicisation de la misère et de la pauvreté. Le pauvre par excellence, aujourd´hui, c´est le "jeune issu de l´immigration" qui habite au Val Fourré.
J'ai beau chercher un autre mot, mais je n'en trouve pas : ça s'appelle le politiquement correct.
De ce fait, que ce soit sous la forme de quotas ou sous une autre forme, il n'est plus une personne aujourd'hui, en France qui ne prône la "diversité", prenant exemple tantôt sur les Etats-Unis, tantôt sur la Grande-Bretagne : "regardez combien dans ces pays, les noirs, les indiens, les pakistanais, etc sont présents dans les médias !".
Mais j'ose la question iconoclaste : les "minorités visibles" à quoi ça sert ?
Ces sociétés où les "minorités visibles" pullulent à la télévision sont-elles moins racistes ? On me permettra d'en douter (voir le taux mariages mixtes proche de zéro, les films de Spike Lee, etc...). Sont-elles moins inégalitaires, moins injustes ? Une petite "promenade" dans les quartiers déshérités de Los Angeles ou le simple souvenir du passage du cyclone Katrina à la Nouvelle-Orléans permet également d'en douter. Sont-elles moins violentes ? Evidemment non. Etats-Unis comme Grande-Bretagne ont des taux de criminalité au moins égaux au notre (si ce n´est supérieur) - et je ne parle pas des bilans des émeutes qui s´y déroulent à intervalles réguliers. Le problème, c´est la pauvreté, les inégalités. Pas le manque d´"images de pauvres" à la télé. L.M. (02)
**********
En réponse à L.M., je dirais qu'en effet, la présence d'afro-américains ou d'hispaniques à la télé américaine n'a pas amélioré le sort économique de ces minorités dans la "vraie" vie. Reste que cette présence médiatique est importante pour l'image de soi qu'ont les minorités aux Etats-Unis. Voir Oprah Winfrey à la télévision ne résoudra pas les problèmes de chômage d'une mère célibataire noire vivant à la Nouvelle-Orléans, mais cela lui procurera quand même un sentiment de fierté et l'idée que quelqu'un de "sa" communauté peut réussir.
C'est un concept plus difficile à comprendre quand on est en France que quand on vit aux Etats-Unis, mais c'est une réalité. Et pour avoir eu l'occasion de parler à des Français d'origine africaine, j'ai tendance à penser qu'il n'y a pas qu'aux Etats-Unis qu'on aime voir des membres de "sa" communauté dans les médias. C.W. (01)
**********
Pour répondre à L.M., il faut dire que la nécessaire diversité ethnique et sociale (Pourquoi toujours penser que l'un empêche l'autre ? Pourquoi toujours penser que celui qui se soucie de la condition du fils de maçon algérien se fout de celle du serrurier français ? Il ne s'agit pas d'établir des hiérarchies entre les discriminations, mais des les résoudre toutes !), il faut dire, donc, que la nécessaire diversité ethnique et sociale est moins une question de représentation que de représentativité.
Je m'explique : le plus important n'est pas qu'Audrey Pulvar ou Rachid Arhab présentent le journal télévisé pour que les noirs et maghrébins de France se disent : "Ah tiens, on est enfin représentés...". Le plus important, c'est qu'il y ait des noirs, des maghrébins, des asiatiques, des portugais (mais aussi des fils de serrurier auvergnat, des femmes et des homosexuels...) partout : devant et derrière l'écran, dans la presse, à la radio ou à l'AFP. Parce que c'est ce qu'ils ont à dire qui est intéressant et nouveau. Je ne vais pas faire mon Bourdieu de pacotille, mais ce qu'ils ont à dire est, en partie au moins, dicté par ce qu'ils sont. Mettez trente hommes blancs, catholiques, hétérosexuels, issus de familles bourgeoises dans une rédaction (ce qui est encore schématiquement le cas de beaucoup de rédactions...) : vous verrez que le traitement médiatique de questions comme celles des banlieues, du RMI, de l'avortement, de l'Islam, du Pacs, etc. ne sera pas exactement le même que si dans cette rédaction, vous avez aussi des femmes, des journalistes d'origine maghrébine, des noirs, des homosexuels... Et c'est évidemment le deuxième traitement qui est le plus juste - non sur le plan de la justice mais sur celui de la justesse.
Car ne soyons pas hypocrites : nos sensibilités divergent évidemment selon nos vécus, nos "évidences" sont moins évidentes pour les autres... C'est notre chair, notre expérience qui fait ce que nous écrivons dans les journaux, ce que nous disons dans les médias. C'est pour cela qu'il est si important de brasser les origines et les "genres" : pas simplement pour une "égalité des chances" abstraite, mais pour une véritable représentativité démocratique. Pour que les médias soient dans le vrai.
Je ne suis pas naïf : si je me bats comme un lion depuis 4 ans pour que le CFJ s'ouvre à des étudiants "différents", c'est parce que moi-même je suis issu d'une famille ouvrière de banlieue - ce qui n'est pas légion au CFJ. Si mon père était cadre et que j'avais vécu dans les beaux quartiers, je serais certainement préoccupé par l'absence de diversité (car je serais sans doute également "progressiste"), mais je ne me battrais pas comme ça. Essayez de supprimer les bourses : les non-boursiers vont ronchonner, mais les ex-boursiers vont hurler et pétitionner. Qu'un gouvernement essaie de traiter les chômeurs de "paresseux", vous ne serez pas tout à fait aussi zen si votre père a lui-même vécu deux ans au chômage. Qu'un intellectuel dise, en évoquant le "plombier polonais", que "les Français doivent savoir renoncer à leurs petits privilèges", vous serez plus concerné si vos parents se serraient la ceinture pour partir en vacance une année sur deux. C'est normal. C'est ce que dit C.W. : avant d'être allée aux USA, elle trouvait qu'une politique de quota était inutile, voire dangereuse. J'observe que C.W. n'est ni noire ni maghrébine : ce n'était que des "idées" pour elle, les quotas. Empiriquement, elle a vue que c'était utile à d'autres. Avant, ces "autres" n'existaient que de manière abstraite... C.W. raconte aussi qu'un chef lui a dit : "Je ne choisis pas en fonction des origines, mais du talent". Bien sûr qu'un chef ne va pas dire : "Je ne choisis que des gens qui me ressemblent car je suis affreusement étriqué" ! Bien sûr qu'il est persuadé de choisir des gens en fonction de leur talent, car cette sélection est inconsciente. Saut que, regardez dans les rédactions nationales : le "talent" semble bien peu présent chez des gens qui ne sont pas des petits Blancs ayant fait un IEP... Bizarrement, aux USA ou en Grande Bretagne, les Noirs et les Pakistanais ont un talent fou...
Je ne dis pas bien sûr que tous les fils d'ouvriers défendent les ouvriers, que tous les homosexuels sont favorables à l'homoparentalité, que toutes les femmes sont féministes ou que tous les fils de bonne famille sont d'affreux conservateurs. Bien sûr que nous sommes variés et complexes. Mais ce qui compte dans une rédaction, c'est le mélange de tous les tempéraments. Pour que statistiquement, les idées se bousculent, qu'il y ait débat et qu'on s'approche de la vérité. Et que ces débats répondent à ce qui se passe en France. Il ne s'agit pas d'instaurer des quotas de 10% de noirs, 50% de femmes, 10% d'homosexuels, etc. Il s'agit de mettre en place une politique volontariste pour qu'enfin, le journalisme cesse d'être aux mains d'une population trop homogène pour qu'enfin, il réduise la fracture qui existe entre lui et les citoyens. A.G. (00)
**********
Si j'ai bien compris le mail d'Arnaud, pour lutter contre le recrutement-clonage, les quotas sont nécessaires. Je suis d'accord. D'accord aussi pour dire que ces quotas ne sont pas une fin en soi, c'est un premier pas seulement et c'est surtout la seule mesure concrète possible pour changer assez rapidement la composition des rédactions. Je dirais également qu'il faudrait dédiaboliser les quotas qui en France sont encore synonyme d'atomisation de la société, d'apocalypse social. Je ne vois pas en quoi ils seraient incompatibles avec le modèle français (si il existe). Les quotas ne sont ni le diable ni la panacée, c'est juste un petit levier qui peut avoir son utilité. Bien sur, ce n'est pas un quota qui va empêcher le recrutement-clonage de se maintenir par des voies juste un peu plus détournées. Ils ne vont pas non plus régler tous les problèmes de pauperisation. Mais si l'objectif est de faire bouger les mentalités, alors les quotas peuvent jouer un petit rôle. Alors, faut-il encore discuter leurs défauts et leurs qualités, opposer à l'infini le creuset républicain et le communautarisme ? Comme si les quotas allaient marquer la fin d'un monde...
Je pense qu'il est grand temps d'aborder le problème de l'application concrète de la politique de discrimination positive (comment et pour qui appliquer ces mesures). La mise en place de catégories prioritaires est délicate car elle suppose un changement des règles du jeu. Pour aller vite, la situation va se présenter ou deux candidats au CFJ auront la même note au concours, avec l'admission de celui issu de l'immigration. Ca fera peut être un petit scandale de temps en temps. Le deuxième problème d'application c'est la définition des catégories, ou plutôt les critères nécessaires pour entrer dans une catégorie. Les critères sociaux, je vois a peu près (niveau de salaire des parents) mais sur l'ethnicité c'est plus complexe (quotas plus importants pour les gens 100% d'origine asiatique que les gens 50% d'origine africaine). Je ne connais pas les solutions concrètes aux Etats Unis en la matière. Malgré toutes ces petites ou grandes imperfections, je reste convaincu que les quotas sont nécessaires (c'est mon cote blanc bien pensant ayant fait un IEP) mais que ce n'est qu'un élément parmi d'autres car le problème est complexe (pour finir sur une note consensuelle). En tout cas, pour l'instant, je ne vois pas d'autre solution pour faire entrer un peu d'air dans les rédactions. Enfin, il y a bien sur l'autre option : ne rien faire. M.B. (00)
**********
Complètement d'accord avec A.G. et les autres sur l'idée de discrimination positive mais cela ne doit pas passer par des quotas rigides et les critères ne doivent pas être raciaux ou basé sur le concept de "minorités visibles". Le problème de l'exclusion en France est d'abord social : les émeutes de banlieue l'ont démontré et si l'on favorise les classes déshéritées pour les concours d'écoles de journalisme ou un recrutement plus diversifié dans les télés, radios, agences de presse, cela favorisera "par transitivité" les Blacks, Beurs et autres minorités. C'est ScPo Paris qui montre la voie juste à suivre : recruter sur dossier en allant les chercher sur place des jeunes talentueux -- même si encore perfectibles et peut-être pas en mesure de gagner un concours -- issus de classes modestes ou pauvres et il y en a encore beaucoup. Si la discrimination positive existait sur la base de l'idée de minorité visible, elle ne se serait par exemple pas appliquée à moi : je suis Algérienne par mon père mais Française par ma mère et je n'ai pas le look ni un parcours de beurette typique donc j'aurais été exclue du quota, alors que pourtant je suis comme A.G. d'une famille d'origine très modeste, avec le handicap supplémentaire d'être venue de province (Paris c'est ultra-cher pour un provincial sans appuis familiaux). Mes parents ne partaient jamais en vacances, se sont saignés pour me payer des études, etc... Pour moi, la meilleure manière de faire de la discrimination positive au niveau des écoles de journalisme, c'est de multiplier les bourses, de faire payer de frais de scolarité très modiques aux plus démunis et adaptés aux revenus et à la situation familiale. Les écoles forment les futurs journalistes de télé, radio, presse écrite de demain, c'est donc par là qu'il faut commencer la discrimination positive, pas en disant aux TVs ou autres de recruter immédiatement n'importe quel Black ou Beur ayant un peu étudié le journalisme et l'air d'avoir du talent. Car si ces expériences étaient des échecs, cela dévaloriserait tous les autres journalistes de même origine. Je fais partie des gens qui défendent le modèle français d'intégration qui, même s'il a énormément de défauts et doit être revu et corrigé, a l'immense mérite de ne pas diviser les gens en communautés d'appartenance.
Personnellement je ne me considère comme appartenant à aucune communauté. Je suis Française d'origine Algérienne et plus précisément Kabyle, je suis un peu des trois et tout en même temps mais si on créait un poste de député algérien représentant soi-disant la communauté algérienne au parlement français je suis sûre que je ne voterais pas pour lui car je ne me reconnaitrais sans doute pas en lui. Ce modèle anglo-saxon qui prévoit que tu appartiens à ta communauté de ta naissance à la mort et tes descendants aussi ne correspond ni à l'histoire ni à la pratique quotidienne des Français qui sont l'un des peuples les plus mélangés d'Europe. Donc OK pour la discrimination positive mais il faut qu'elle soit sociale car au fond, les pauvres en France ce sont surtout des descendants d'immigrés ainsi que des enfants d'ouvriers, paysans et autres chômeurs... F.K. (89)
**********
Juste une info à propos de ce débat. J'apprends que la direction de Sciences Po et quelques autres sont en pleine gamberge sur une idée de création d'un lycée expérimental en Seine-Saint-Denis. Ainsi, ils commencent à remonter le courant, c'est bien s'il ne s'agit pas seulement de construire une belle vitrine. Ce sera encore mieux quand ils seront remontés jusqu'à l'école primaire et même à la maternelle. Car c'est là que le drame commence. Autrement dit, quand les mal lotis d'aujourd'hui seront devenus assez bien lotis pour bénéficier massivement, et cela dès le début et tout au long du cursus, d'un environnement socio-éducatif de niveau comparable à celui des enfants des classes favorisées, alors et alors seulement l'égalité des chances face aux concours pourra être une réalité. Cela n'interdit pas d'ici là les palliatifs que vous suggérez avec une générosité et un souci de justice que je ne peux que saluer. Mais le problème est à la fois plus lourd, plus étendu et plus profond qu'il n'apparaît au travers du simple constat de la faiblesse des effectifs des jeunes gens des classes pauvres dans certaines positions plus ou moins gratifiantes. C'est à un changement de donne sociale globale qu'il faut travailler. Effort immense dans le contexte actuel. Bon courage ! M.C. (54)
**********
Passons sur le fait, A.G., que tu ranges "les femmes" dans la catégorie des minorités. Je ne sais pas si tu es au courant, mais elles constituent la moitié de l'humanité (et que par ailleurs, elles sont de plus en plus nombreuses dans les rédactions, mais, certes, pas à leur tête. En même temps, même avec des quotas, tout le monde ne pourra pas être chef). Bref. Passons aussi sur le concept de quotas d'homos. D'abord, si tu as accès à des chiffres ultra secrets sur la discrimination pratiquée envers les gays dans les rédactions, tu serais bien gentil de faire circuler. Ensuite, si on en arrive à cette idée, j'aimerais bien savoir comment ça se passerait, au niveau du recrutement. On demanderait aux gens leurs préférences sexuelles quand ils proposeraient des piges ? Il est marrant, ton monde de "progressisme". Re bref.
Si j'ai bien compris ton argumentation, faire de la discrimination positive ou whatever son nom, permettrait de traiter autrement, avec plus de "justesse", les sujets islam ou banlieues, entre autres. Ca veut dire quoi ? Qu'on met les arabes sur les sujets "arabes", les musulmans sur les sujets "musulmans", les noirs sur les sujets "noirs", les homos sur les sujets "homos", et les femmes sur les sujets "femmes" (tricot, mode, politique familiale ?). Mais voilà qui est intéressant. Une presse bien cloisonnée avec chacun dans sa petite niche, personne n'étant vu comme un individu mais comme le représentant d'un vécu considéré comme représentatif. Je caricature, mais c'est à peu près ce que tu dis. Tu me permettras d'avoir un léger doute sur la pertinence de cette manière d'envisager une presse uniquement empathique, pour dire le moins. Ce n'est pas pour ça qu'il faut ouvrir la presse. Mais pour que des individus qui, aujourd'hui, rêvent de faire ce métier, dans toutes ses facettes, qui en ont le " talent" (pas sûre sur le sens de ce mot dans la presse) et qui ne le peuvent pas parce qu'ils n'ont pas les clés pour y accéder, puissent le faire. Point barre. D'où : tout ça est majoritairement une question d'école et d'information par ladite. Parce qu'en bonne républicaine, j'ai un peu de mal avec la discrimination positive (faut-il rappeler qu'aux Etats-Unis, elle a été mise en place pour compenser un régime ségrégationniste, ce qui n'est que je sache, pas le cas en France ?). Et qu'en bonne ringarde, je crois encore au rôle de l'école.
Enfin, j'admire la façon dont les questions soulevées par G.LG. ont été balayées d'un revers de main. Oui, aujourd'hui, si on est un pigiste qui débute, on a du mal sans papa-maman derrière (là, par exemple, un de mes deux employeurs a quinze jours de retard dans mon paiement. Peut-on se permettre ce délai si on n'est pas sûr de pouvoir demander une petite avance parentale ?) . Et cela ne fait qu'empirer, que vous le vouliez ou non. Oui, la précarité inhérente à ce bien beau métier est un luxe que seuls peuvent s'offrir les au moins classes moyennes. On peut le nier si on a envie, mais ça ne change pas ce problème de fond. R.L. (03)
**********
Oulah ! R.L. n'est pas, mais alors pas du tout contente ! Sur ce forum, nous avons osé dévier de la question qui était posée par G.LG. ! Nous nous sommes mis à parler de nos expériences et à confronter nos points de vue, en balayant ses propos "d'un revers de main" (D.C. qui lui a répondu, sera contente d'avoir été si bien lue ). Mais toi non plus, R.L., tu ne lui as pas répondu. Pourquoi ? Parce que tu es d'accord avec lui sans doute ! Eh bien moi aussi, figure-toi Ce qu'il a dit est juste (nous pigeons dans le même magazine, G.LG. et moi, je confirme donc ce qu'il dit) et je n'avais rien à y redire. Bien sûr que c'est la ####, la #### totale, les nombreux pigistes/chômeurs qui peuplent ce forum sont au courant, je crois. Ce n'est pas que je sache un tabou...
Ceci dit, est-ce que la précarité est une raison pour barrer la route des rédactions aux profils "différents" ? Je ne pense pas que c'est ce qu'ait voulu dire G.LG. Je ne crois pas que ce soit ce que tu penses non plus. Simplement, oui, il faut les prévenir pour qu'ils s'engagent en connaissance de cause et ne pas leur vendre le paradis sur Terre.
Par ailleurs, est-ce que parler de problèmes de diversité, c'est refuser d'évoquer la précarité ? Pourquoi l'un devrait-il empêcher l'autre ? Je ne vois pas bien personnellement
Ensuite, pour revenir à mon texte, je constate avec regret que ta lecture en est tout simplement approximative.
D'abord, je ne range pas, comme tu le dis, les femmes dans les "minorités" puisque c'est un mot que je n'emploie pas. Certes, l'e-mail s'appelle "Sur les minorités", mais je ne suis pas l'auteur de ce titre. Par ailleurs, je t'invite à relire les recherches de la sociologue Isabelle Sommier, qui rappelle que précisément la désignation de "minorité" n'a pas forcément un caractère quantitatif. Sont rangés dans les minorités les groupes sociaux qui estiment ne pas avoir - ou pas assez - accès aux instances de pouvoir dans une structure donnée, ce qui est encore le cas des femmes, eh oui, notamment à l'Assemblée nationale (12,3%) auprès des communes (10%), ou encore dans les directions des rédactions françaises.
Deuxième erreur : je ne dis pas que les homos sont discriminés dans les rédactions, je dis simplement qu'ils sont vecteurs de diversité, et qu'à ce titre, il est bon qu'homos et hétéros soient brassés, comme hommes et femmes, noirs et blancs, etc. Oui, je sais, ce sont des évidences
Troisième erreur : je prône aucun "quota d'homo", puisque j'écris exactement le contraire. "Il ne s'agit pas d'instaurer des quotas de 10% de Noirs, 50% de femmes, 10% d'homosexuels, etc. Il s'agit de mettre en place une politique volontariste". Une "politique volontariste" ne passe pas forcément que je sache par l'instauration de quotas - ou alors peut-être à petite dose quand c'est pertinent, comme dans le cas des femmes en politique - Et cette politique peut concerner les grandes écoles (Sciences Po est un bon exemple), les lycées que sais-je ? C'est d'ailleurs ce que nous sommes en train de mettre en place dans l'asso des anciens à laquelle tu appartiens. Et ton refus du concept de "discrimination positive" prouve simplement que tu te méprends sur le sens de ce mot : aller donner de l'information dans les lycées qu'on estime être défavorisés en la matière, c'est de la discrimination positive. Discrimination positive ne signifie pas forcément "quotas", ou "quotas ethniques" mais "mesure corrective pour rattraper des inégalités officiellement constatées" (Gwenaëlle Calvès, La Discrimination positive, PUF, 2005).
Quatrième erreur : je n'écris jamais que les noirs doivent traiter les sujets sur les noirs, les maghrébins sur les maghrébins, les homos sur les homos, etc. Ce n'est pas "à peu près ce que [j']écris" : c'est une caricature inepte. Je dis simplement qu'un journal a le plus souvent une approche collective des problèmes de société. Et que pour que cette approche collective soit juste, il faut que le collectif soit représentatif des divers "genres" de la société. C'est un effet de groupe qui marche aussi avec les âges : une rédaction dont l'âge moyen est 50 ans n'écrira pas tout à fait les mêmes choses qu'une autre dont l'âge moyen est 30 Je ne crois pas révéler un scoop, là, si ?
Maintenant, si tout le monde a fait le tour de la question "minorités", on peut parler "précarité" Et vous avez intérêt à être bons ! R.L. veille A.G. (00)
**********
Je trouve ce débat extrêmemement intéressant. Avant tout avis, une remarque. J'ai lu sur ce débat (je ne sais plus qui en parlait mais ce n'est pas l'essentiel) que SCPO voulait monter "un lycée expérimental en Seine-Saint-Denis". Honnêtement je ne sais pas de quoi il retourne exactement, mais déjà l'expression me fait frémir. Certes, dans l'esprit des gens, le 93, c'est presque une terre étrangère (De Gaulle avait dit à la création du département, en 1967 : "c'est chez les peaux-rouges"). Mais je rappelle que la Seine-Saint-Denis est habitée par des gens qui ont des bras, des jambes, qui travaillent, qui chôment...Comme dans tout le reste du pays! J'en ai un peu assez de la singularisation de ce département, qui permet souvent à tout le monde de faire croire que les problèmes sociaux ne sont l'apanage que du gros million de Séquano-Dyonisiens (les habitants du 93) alors qu'ils sont du ressort de la société française. Je rappelle aussi que des "émeutes urbaines" ont eu lieu dans l'Eure, les Hauts-de-Seine, la Haute-Garonne.C'était mon coup de gueule, bref.
Sur la question entre déterminants éthniques ou sociaux, il me paraît clair que le problème est d'abord social mais pas seulement. Je poserais le problème autrement. Dans toutes les sociétés que j'ai observées un tant soit peu (en France mais aussi en Israël, aux Etats-Unis, en Angleterre, en Turquie, en Allemagne...) une chose m'a toujours frappée : ce sont toujours les immigrés ou étrangers qui font les boulots pénibles (balayeurs, ouvriers à la chaîne). Il me semble que toute société décide de faire assurer ses tâches qu'elle considère comme viles, à des gens qui n'ont pas d'autre choix que les accepter. Et, avec le développement des échanges, ces gens se trouvent être très souvent les immigrés ou étrangers. C'est une reflexion en passant.
Par ailleurs, sur la question de la "solution" des bourses pour que les plus pauvres fassent les écoles, je suis un peu dubitatif. Je serais plutôt pour que les tarifs de la scolarité soient tellement bas que tout le monde, les riches comme les pauvres, puissent y accéder également. Le système des bourses est pernicieux. D'abors il suppose qu'il y aura toujours des "riches" pour payer les bourses des pauvres. Ensuite ce système a des effets pervers. Je m'explique : tout le monde paie des impôts qui sont, théoriquement, redistributifs. En gros les classes aisées paient plein pot, et les pauvres beaucoup moins (dans la réalité c'est certes un peu plus compliqué car la TVA s'applique à tous au même taux). Donc une discrimination sur le partage des revenus se fait déjà en amont. Le système des bourses introduit une nouvelle discrimination en aval : les classes aissées, qui paient les impôts, doivent en plus payer plein pot les frais de scolarité. Au bout d'un moment ce système ne peut plus perdurer car les classes aisées, qui sont celles qui votent, ont l'impression qu'elles paient deux fois, et font pression sur les politiques pour réduire toutes les mesures en faveur des pauvres en aval. Ca se voit aux Etats-Unis où tous les systèmes d'aide médicale et vieillesse aux plus pauvres sont progressivement démantelés sous la pression des classes qui votent. A mon avis, il serait plus efficace et durable que l'Etat abaisse considérablement les frais de scolarité dans toutes les écoles, directement dans le public, par des subventions dans le privé, afin d'offrir un tarif modique à TOUS les candidats. Certes, les classes aissée paieraient peut-être un peu plus d'impôts (et encore ce n'est pas sûr) mais au moins les règles de financement seraient votées démocratiquement à travers la loi. Au passage ça permettrait d'amoindrir ce nouvel antagonisme entre riches et pauvres qui se termine souvent par la défaite des seconds.
Merci de m'avoir lu jusque là. R.U. (01)
**********
Très honoré je suis d'avoir semé la discorde au sein du bureau des anciens. Mon propos, à l'origine, était le suivant: je m'étonnais qu'une "enquête" du Monde sur la faible représentation des "individus originaires des cités" dans les médias n'aborde jamais l'un des principaux obstacle à cette représentation, soit la longue période de précarité imposée aux jeunes journalistes entrant sur le marché.
Ce qui peut nous paraître évident ne l'est pas - du tout, du tout - dans le vaste monde. Pourquoi? Je vous le demande bien. J'ai bien lu il y a deux ans un article sur les pratiques de Radio France signé par l'excellent Lionel Occase (un sacré plaisantin, celui-là), mais c'était dans le Monde diplo qui ne prêche qu'auprès des convertis (entendons-nous bien, je n'ai rien contre le monde diplo, quoique, enfin bon...). Depuis, nada, rien du tout, petzouile.
Alors, certes, comme nous l'affirmaient nos dignes formateurs en 2001-2002, les histoires de journalistes, coco, ça n'intéresse que les journalistes (assertion immédiatement confirmée par l'échec retentissant du livre de François Ruffin). Cependant, je ne peux m'empêcher de penser que cette histoire-là mériterait d'être racontée. Ce qui se passe chez nous est peut-être une préfiguration de ce qui se passera ailleurs (c'est contestable, mais ça mérite d'être débattu). Or, ce "sas de précarité" imposé aux entrants a un effet discriminant lourd. Peut-être est-ce la responsabilité d'une association d'anciens de l'affirmer publiquement.
Pour ce qui est des solutions, il y a certes 15.000 options. Mais, toutes tournent autour de trois grandes orientations.
Soit les rédactions s'engagent à embaucher des jeunes journaleux issus des cités dès la sortie d'école, les autres continuant étenellement à la pige. Soit les rédactions se mettent dans la légalité, embauchent les bras manquants, et réduisent leur volant de pigistes en conséquence, les écoles appliquant des quotas, mais réduisant drastiquement les effectifs des promotions pour 10 ans.
Soit, enfin, tout le monde devient pigiste (bienvenue aux CDI), la structure insider-outsider est cassée, et nous demandons tous ensemble un statut d'intermittent. La République a besoin d'art, elle a également besoin d'information.
Ces trois orientations, vous l'aurez compris, sont caricaturales, mais cela peut servir de balises. les balises sont utiles pour s'orienter, mais déjà faut-il reconnaître le problème, et avoir envie de bouger.
Dans la situation présente, je constate en tout cas que "c'est trop souvent la ####" pour reprendre les propos d'A.G. G.LG. (02)
**********
Du point de vue des Noirs, la situation n'est pas si différente aux Etats-Unis et en France, qui a été longtemps l'une des plaques tournantes de l'esclavage au niveau mondial.
Tu l'oublies, comme je l'oublie, parce que nous n'avons pas eu d'ancêtre esclave. Mais quand tu as eu un esclave dans ta famille, je pense que tu ne l'oublies pas. Cela fait partie de la mémoire collective de tous ceux qui sont dans le même cas et c'est cette mémoire qui les constitue en partie. On ne peut pas leur enlever. D'autant moins quand on nie en permanence leur existence. Ce qui revient à en faire ce qu'ils n'ont jamais, vraiment, au fond, cessé d'être dans notre société : des hommes utiles, utilisés, mais invisibles.
La République persiste, avec une logique inébranlable, à demander à des citoyens français de s'intégrer. Mais ça veut dire quoi, s'intégrer ? Renoncer à sa différence ? Disparaître ? Il faut faire quoi pour s'intégrer quand la chair de vos ancêtres, de votre propre famille, a contribué à construire des rues entières, des rangées d'hôtels particuliers, comme à Nantes, où j'ai habité, et qui a constitué un des hauts lieus du commerce des esclaves ?
Il faut faire quoi pour s'intégrer quand son pays d'origine a été occupé par la France pendant des siècles et que les richesses tirés de son pays, volé à son pays, par la force, ont servi à construire, en France, des routes, des ponts, des écoles, à ériger des empires industriels ? C'est ça, aussi, la République. Une machine à oublier.
Les "minorités", au sens qu'a rappelé A.G., n'oublient pas, elles. Et c'est un grand malentendu qui se perpétuera tant qu'on ne se décidera pas, enfin, à leur faire une place. Et à les regarder en face. P.M. (98)
**********
Je partage tout à fait ton analyse quand tu dis que la précarité est un "obstacle à la représentation" de la diversité, mais je ne crois pas que ce soit le principal, loin s'en faut, ni même qu'il soit très important pour le moment.
Il faudrait pour cela que les enfants des familles modestes pensent majoritairement que le journalisme est un métier fait pour eux - je veux dire sur le plan de la représentation sociale - ce qui n'est pas encore le cas. Les choses changent et vont être amenées à changer je l'espère, mais pour le moment, l'autocensure sociale est le seul obstacle majeur - du moins il me semble.
Je n'élude pas les questions de précarité, j'y reviendrai, mais revenons aux questions de diversité : instaurer par exemple un quota de 50% femmes dans un comité de direction rédactionnel, ça aurait du sens, parce que les femmes sont déja nombreuses dans les rédactions. Faire la même chose avec les noirs et les maghrébins est pour le moment absurde, car ils ne s'y pressent pas, c'est le moins qu'on puisse dire. Pour les quelques-uns qui s'y trouvent déjà, ceci dit, j'espère que les débats autour de ces questions vont faire un peu évoluer les mentalités. Quand je vois qu'un groupe comme PPR commande un film à Yamina Benguigui pour montrer "Regardez tous les noirs et maghrébins qui sont chez nous !", il y a qq chose d'un peu irritant, mais le fait est que ça révèle un changement profond de mentalité - salutaire, selon moi.
Reste que pour l'écrasante majorité des "jeunes des cités", c'est au niveau des lycées, des écoles de journalisme pour le moment que les choses doivent se faire (à notre mesure, l'association des anciens est en train de préparer qq chose de ce tonneau, on vous en parlera bientôt...). Quand 10 ou 15% des sortants de CFJ seront noirs ou maghrébins, on pourra peut-être reparler de quotas dans les rédactions.
Pour revenir sur la question de précarité dont tu parles, j'aimerais bien prôner que les CDI soient distribués en priorité aux jeunes des cités... mais je crois que le CDI est en voie de disparition, et pour tout le monde ! Car la précarité des jeunes est partout, pas seulement dans le journalisme : je n'ai pas les chiffres en tête, mais il est terrifiant le taux de CDD, chômage, interim et autres contrats nouvelle embûche dans notre génération. Certes, quand on sort d'une école d'ingénieurs ou de commerce, on est mieux lotis qu'à la sortie du CFJ, mais pour combien de temps ? Demain, le salariat laissera place au précariat généralisé. De dire : "les jeunes des cités ne peuvent pas intégrer les rédactions parce que c'est la big ####", c'est laisser croire que partout ailleurs, ils trouveront des CDI et des conditions de travail cool et fun. C'est faux ! La big ####, ils la trouveront presque partout, qu'ils fassent des études ou non. Alors autant qu'ils aient le droit de faire comme nous autres "favorisés" : choisir quelle big #### ils veulent goûter !
Et parallèlement, à nous tous de faire pression, de militer, de défiler, que sais-je ? pour "réhumaniser" cette jungle, en instaurant par exemple une flexsécurité à la danoise (dans laquelle la sécurité n'est pas un alibi ni un vain mot). Pigistes oui, flexibles d'accord, mais pas mendiants entre deux portes comme nous le sommes aujoud'hui. Avec des droits, une sécurité garantie, bref, quelque chose qui ressemble à la social-démocratie plus qu'à l'économie de survie. Donc, pour le coup, je reprends les propos de D.C.: parler de la précarité et comment lutter contre, OUI ! Mille fois oui ! Mais c'est un autre débat que celui de la diversité A.G. (00)

Aider davantage des personnes défavorisées me semble normal : bourses, aides sociales, accès privilégié à certains services (bibliothèques, auto-écoles), éventuellement impôts négatifs, etc. Rendre légal le fait de leur accorder une priorité à la sélection dans une école ou à l'embauche dans une entreprise me paraît totalement déplacé, en tout cas absolument pas compatible avec l'idée que je me fais d'une société de progrès.
Il est vrai que la précarisation du monde du travail, en particulier dans la presse, est un frein à l'ascenseur social. Pour réduire cet effet, je ne vois qu'une solution, en plus des mesures sociales proposées plus haut : l'application stricte du droit du travail, assortie de la remise en cause des contrats précaires, à commencer par le CNE. La flex-sécurité ne me semble pas la solution ; à mon avis c'est un alibi pour autoriser le financement public des erreurs de management des patrons. C'est en outre un puissant moyen de déresponsabilisation des employeurs.
Dans une logique de marché stricte, l'application de ces solutions aboutirait à une offre de main-d'œuvre supérieure à la demande. La sélection aux portes des entreprises sera donc dure. Mais n'est-ce pas déjà je cas ?
Il sera alors peut-être temps d'ajouter à la règle du CV anonyme celle de l'entretien d'embauche anonyme, ou au moins la présence obligatoire de délégués syndicaux à tout entretien d'embauche.
DJ (99)
PS L'intégration, PM, vaut pour tout le monde, aussi bien un descendant d'esclave noir qu'un descendant de paysan serf (1000 ans d'esclavage, cela ne mérite pas d'être condamné une loi spécifique, mais c'est long quand même). Je préfère l'expression "assimiliation réciproque". Il me semble préférable que la société française reste un brassage, un vrai, avec mariages mixtes et tout, plutôt que de prendre modèle sur ce qui ne fonctionne pas ailleurs.