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Centre de Formation des Journalistes
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Tri ascendant Tri descendant    Sujet: Leçon inaugurale 2005
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 Posté le 20/10/2005 à 09:13
Lu dans la Correspondance de la Presse le 19 octobre :

Leçon inaugurale du CFJ : "La qualité professionnelle de l'information (...) est une nécessité pour le bon fonctionnement de la démocratie et pour l'harmonie de la société", déclare son président, M. Henri PIGEAT

"La qualité professionnelle de l'information n'est pas seulement la condition nécessaire de l'avenir d'un journalisme menacé par les évolutions techniques et économiques. Elle est aussi une nécessité pour le bon fonctionnement de la démocratie et pour l'harmonie de la société". Telle fut la conviction affichée devant les élèves du Centre de Formation des Journalistes (CFJ) par M. Henri PIGEAT, président du conseil d'administration de l'Ecole en accueillant M. Claude PERDRIEL, président-directeur général de la SA Le Nouvel Observateur du Monde, invité à prononcer hier la leçon inaugurale de la promotion 2005-2007.
"Le journalisme, une des plus belles professions qui soit, est loin d'être aujourd'hui une mer tranquille", a souligné M. PIGEAT. "Le renouvellement exponentiel des techniques de communication le transforme et parfois le menace" et "l'évolution de la logique économique des médias lui impose des contraintes croissantes". Enfin, et peut-être surtout, ajoute-t-il : "les modes de consommation de l'information sont en train de changer de façon drastique les attentes du public. Ce que celui-ci veut désormais, s'éloigne de plus en plus de ce que le journalisme classique lui a offert depuis plusieurs décennies".

Aussi "ne peut-on plus écarter la question de savoir ce qu'est véritablement le journalisme aujourd'hui et sur ce qu'il sera demain. Est-il voué à devenir un spectacle fondé quasi exclusivement sur l'image ? Ne risque-t-il pas d'être de plus en plus entraîné vers une forme de promotion commerciale, ou politique ? A-t-il encore une raison d'être au moment où chacun souhaite être son propre producteur d'informations en textes, sons et images avec l'aide des mobiles de plus en plus sophistiqués dont il dispose ?", s'interroge alors M. PIGEAT. Paradoxalement, explique-t-il, "c'est au moment où les techniques de communication sont plus développées que jamais, et où les médias ne cessent de se multiplier, que le journalisme semble menacé dans son principe même". "Le problème est d'importance si l'on considère qu'une information de qualité professionnelle irréprochable est la condition nécessaire d'une société harmonieuse et d'une démocratie efficace", selon M. PIGEAT. Et "plus prosaïquement, le problème est aussi de savoir si le journalisme a encore un avenir et si les principes qui l'ont longtemps guidé pourront encore en constituer la charte", poursuit-il.

Le CFJ, affirme M. PIGEAT, a, pour sa part, "la conviction qu'une information de qualité reste indispensable. La nature humaine oblige à l'intelligence, à l'esprit critique et au jugement. Aucune société ne vit durablement sur la rumeur et sur le bruit fut-il en images". "Même si nous changeons de société et de culture, une information de qualité professionnelle n'est pas, selon lui, vouée à disparaître et ne peut être réservée à une petite élite". C'est ce journalisme là que le CFJ souhaite enseigner, ajoute-t-il. Pour le président du conseil d'administration du CFJ, le métier comporte "des techniques et des méthodes transmises pendant deux ans par une pratique intense d'enquêtes, de journaux-école et de stages". La formation comporte aussi une "réflexion approfondie sur le sens de l'information et sur l'action des médias dans la société d'aujourd'hui à travers des rencontres, des débats et des séminaires avec les leaders de la profession et les meilleurs universitaires", détaille-t-il.

M. PIGEAT s'est également félicité de ce que "le diplôme du CFJ ait rapidement retrouvé sa pleine attractivité dans les médias, de ce que le placement des récents diplômés se soit très bien opéré". Il a souhaité, qu'à un moment ou à un autre de leur carrière, "les futurs journalistes reviennent fréquenter telle ou telle des multiples sessions de formation permanente qui connaissent une demande renouvelée et qu'ils puissent rencontrer des collègues étrangers formés dans les cycles internationaux du CFPJ qui se multiplient à travers le monde". Dans tous les cas, rappelle M. PIGEAT, "la responsabilité des anciens élèves du CFJ est de garder vivante une qualification professionnelle exigeante et de faire vivre une éthique dont l'enjeu est d'une certaine façon l'harmonie de la société et la réalité de la démocratie, au-delà des intérêts particuliers de la profession".

"Le journalisme est un contre-pouvoir", soutient M. Claude PERDRIEL.
Pour M. Claude PERDRIEL, "le journaliste est un historien du temps présent". "Les sciences tout comme le journalisme sont toujours inexactes", déclare cet ancien élève de l'Ecole polytechnique, invité d'honneur de la Leçon inaugurale du CFJ. "Il n'y a pas de journalisme sans démocratie", affirme le président-directeur général de la SA Le Nouvel Observateur du Monde, selon qui "le pouvoir est toujours excessif". Affirmation qui l'amène à s'interroger sur la nature du journalisme : "le journalisme est-il un pouvoir ou un contre-pouvoir ?". Et de répondre : "Le journalisme est un contre-pouvoir. Si le journalisme veut être un pouvoir, il sort de son métier et risque toujours l'abus de pouvoir". Mais, s'interroge-t-il encore, "y a-t-il un contre-pouvoir ?" La réponse est oui : "Mais lorsqu'il le devient, il subit des dérapages".
"La crise de la presse crée un danger car non seulement la publicité manque mais aussi parce que les ventes au numéro sont en baisse", estime par ailleurs M. PERDRIEL qui souligne que dans ce contexte "il risque d'y avoir une volonté du scoop à base d'un événement qui n'en est pas un". "Traitons le lecteur avec intelligence. Médiatisons les choses de façon claire", insiste-t-il. "La presse n'est pas totalement bien jugée par les lecteurs car nous leur faisons parfois du "bourrage de crâne". Or le journalisme doit établir une confiance. Notre métier est indispensable parce qu'il faut comprendre", soutient encore le président-directeur général de la SA Le Nouvel Observateur du Monde. Mais ce dernier de faire le reproche parfois à la presse écrite d'être trop "pessimiste". "Quelquefois, la presse voit le verre à moitié vide au lieu de le voir à moitié plein", constate-t-il.

Et M. PERDRIEL de porter une réflexion sur la presse d'opinion : "Y a-t-il un journalisme de gauche, de droite, ou écologiste ?" "Faire bien son métier est le même dans tous les journaux. De gauche ou de droite, nous devons donner la vision la plus globale et la plus complète que possible", estime-t-il avant de déclarer : "le journalisme, c'est la liberté d'expression mais surtout, la liberté des lecteurs, ceux pour lesquels nous écrivons". "Il n'y a pas de liberté sans presse libre, sans liberté de penser, sans liberté de pouvoir s'exprimer", soutient-il. Il est nécessaire, selon le président-directeur général de la SA Le Nouvel Observateur du Monde, de "séparer l'idéologie politique et le journalisme". "L'objectivité est indispensable. Le journaliste doit être objectif avant d'être idéologue", estime-t-il encore. "La séparation du commentaire et de l'information dans un média est une règle absolue", insiste M. PERDRIEL tout en rappelant l'existence d'une règle non écrite selon laquelle "un journaliste peut sortir de son métier et peut donner son avis dans une chronique". Il ne s'agit alors plus d'une information mais d'une opinion. Et de faire remarquer par la même occasion que lorsque les médias tombent entre les mains de groupes financiers, le journaliste doit "veiller à faire son métier sans craindre l'opinion de son patron financier". "Si nous trompons le lecteur, il s'en rend compter et cesse dès lors de faire confiance et donc de nous lire", ajoute-t-il.

Aussi, sur l'usage d'Internet comme source d'informations, M. PERDRIEL d'évoquer alors "Internet comme le plus grand danger pour l'éthique et ce à quoi nous croyons". Pour lui, "Internet est dangereux pour la presse écrite. Nous risquons de devenir minoritaires car tout le monde pourra avoir des informations sans les caractéristiques professionnelles que nous pouvons apporter". "Internet doit porter un contenu éditorial gratuit qui est un complément de la presse écrite", assure-t-il sans compter qu'il permet "une information en temps réel". Sur ce point, le président-directeur général de la SA Le Nouvel Observateur du Monde se déclare convaincu qu'il faut "avoir un supplément éditorial". Mais, assure-t-il, "nous ne ferons jamais un équilibre financier avec Internet". Internet est certes "incontournable", mais "nous apporte aussi des risques", tient-il à souligner.
Interrogé sur ceux qui privilégient l'émotion par l'image plutôt que le commentaire, M. PERDRIEL déclare face à l'"avalanche d'informations" à laquelle nous sommes soumis : "Je crois profondément à l'utilité de l'hebdomadaire qui a le temps d'enquêter. Nous avons terriblement besoin que la presse écrite puisse apporter des explications à ce qui devient de plus en plus obscur à force de trop de lumière". "La presse écrite ne perdra jamais son utilité dans les siècles et les siècles à venir", estime-t-il.
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   Posté le 20/10/2005 à 19:30
La même chose vue par Le Monde daté du 21 octobre.

La leçon de journalisme du patron du "Nouvel Obs"

"Je ne me suis jamais senti le droit de lancer des leçons, mais pour avoir exercé ce métier de journaliste pendant quarante-quatre ans, j'ai quelques idées et aussi beaucoup de questions ." L'auditorium aux fauteuils rouges est plein, l'auditoire attentif. Ce mardi 18 octobre, Claude Perdriel, PDG du Groupe Nouvel Observateur, a accepté de donner la "leçon inaugurale" aux élèves du Centre de formation des journalistes (CFJ). Les locaux de l'école de la rue du Louvre s'avérant trop étroits, l'audience s'était donné rendez-vous à l'Hôtel de Ville de Paris.

Le fondateur de l'hebdomadaire de gauche rappelle la définition du journaliste, "un historien du temps présent" , et l'importance du rôle de "contre-pouvoir" que doit jouer la presse en démocratie. Pour aussitôt pointer du doigt les excès du "quatrième pouvoir" : "Si un journaliste veut être un pouvoir, il sort de son métier."

Aux Etats-Unis, lors de la guerre en Irak, la presse américaine a été intoxiquée par une opération de désinformation sans précédent, souligne M. Perdriel. Mais, aujourd'hui, elle est revenue sur ses erreurs." De même la presse française doit tirer les leçons de l'affaire Allègre : "La crise de la presse a créé un danger. La publicité manque, la vente au numéro baisse, il ya une volonté de créer l'événement, le scoop, quitte à déformer l'information. Or le lecteur a besoin d'avoir confiance."

Interrogé par un étudiant sur la montée en puissance du média Internet, la réponse fuse : "Internet est le plus grand danger pour l'éthique et la défense de ce à quoi nous croyons. Pour le moment, la presse écrite a des sites Internet dans lesquels elle applique ses règles. Mais n'importe qui peut créer des sites, diffuser des rumeurs. Quand les gens de Google disent "Nous sommes le premier média au monde", personne n'a parlé des règles professionnelles de Google."

La presse "people" et la remise en question du tabou de la vie privée des hommes politiques ? "J'en pense le plus grand mal. Au Nouvel-Observateur, la règle est de ne jamais parler de la vie privée des gens." Le patron de presse redevient militant pour défendre la position prise par son journal en faveur du oui au référendum européen : "Quelques milliers de lecteurs se sont désabonnés. Mais nous avons décidé de ne pas mettre notre drapeau dans notre poche."

Laurence Girard
Article paru dans l'édition du 21.10.05

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